L’acte d’offrande : — Seigneur, voici mes pieds : fais qu’ils ne marchent que dans tes voies. Voici mes mains : fais qu’elles n’œuvrent que pour te bâtir des chapelles. Voici mes lèvres : fais qu’elles s’usent à proférer tes louanges. Voici mes sens, mon intelligence, mon imagination, ma volonté… Imprègne-les de Toi seul. Voici tout mon être : rends-le pareil au peuplier qui darde sa pointe vers le ciel et qui n’a qu’une fonction : Te chanter, de tout son frémissant feuillage, sous les souffles mystérieux que tu lui envoies.

L’acte de résolutions : — Moyennant ta Sainte Grâce, j’extirperai de mon âme les vices que j’y laissais pulluler comme les chardons dans un jardin que l’on néglige. Je peinerai surtout pour arracher la mauvaise herbe d’orgueil. Car c’est elle qui menace toujours d’étouffer les belles fleurs d’humilité que tu veux faire éclore en moi. C’est elle qui enlace ses racines griffues aux racines fragiles des vertus dont ta sollicitude m’ensemença ; c’est elle dont l’odeur impure tente de me combler les narines pour que je ne puisse plus respirer le parfum des chastes roses que cultive ta Mère. Ah ! Seigneur, pourvu que tu m’aides, je tuerai mon orgueil…

L’action de grâces faite à peu près de cette façon, l’ardeur souhaitée en résulte. Comme le recommandait le Psalmiste, on a commencé par la crainte du Seigneur — et maintenant l’Amour lui succède en toute sa plénitude. Pendant quelques minutes — parfois pendant quelques heures — nous vivons en Jésus, comme Jésus vit en nous. Nous réalisons la splendide et redoutable parole de saint Paul : Totus christianus Christus est. Cette faveur inouïe nous transforme à ce point que nous nous oublions nous-mêmes. Nous ne demandons plus rien ; nous ne connaissons plus rien des choses de la terre : nous goûtons, parmi une paix immense, la pure joie de fondre dans le cœur de Jésus, comme une parcelle de métal dans une fournaise inextinguible dont les flammes absorbent et consument suavement notre âme.

Sans doute, ensuite, on retombe : la vie quotidienne ressuscite avec ses inquiétudes, ses tentations et ses difformités.

Mais sache que si tu prends l’habitude de la communion fréquente, ce don splendide de la fusion en Jésus pourra t’être octroyé de nouveau et qu’il te fortifiera indiciblement pour la résistance au mal. Il ne dépendra que de toi de le conquérir en progressant, selon ton libre-arbitre et selon ta docilité à la Grâce, dans le chemin de la vertu. Il dépendra de toi de mériter l’Amour.

Saint Augustin disait : « Mon amour, c’est ce que je pèse devant Dieu. »

Ami lecteur, tâchons de peser beaucoup.

IX
UNE JOURNÉE D’ORAISON

Jucundus homo qui miseretur et commodat, disponet sermones suos in judicio : quia in aeternum non commovebitur.

Psaume 111.

Ceci est un reportage. J’eus naguère la bonne fortune de rencontrer à Lourdes un homme qui, outre qu’il communiait tous les jours, passait environ seize heures sur vingt-quatre à prier.