Avant-hier, une brume mauve estompait toutes les lignes du paysage et se trempait d’argent léger sous les rayons d’un soleil affaibli. Et c’était comme une cité de songe, dans un site de légende, au seuil du Paradis.
Je m’assis et, tout en récitant des Ave je fixai les fenêtres du monastère. Je m’unissais, en pensée, aux oraisons des douces cloîtrées qui entretiennent perpétuellement la flamme de l’amour divin derrière ces murailles.
Tout à coup, sans que rien m’y eût préparé, je sentis une Présence à côté de moi — exactement à ma gauche. Je sus, à n’en pouvoir douter, qu’il y avait Quelqu’un là.
Comprenez-moi bien : je ne voyais absolument rien des yeux du corps. De même, aucune de ces figures que notre imagination nous peint intérieurement parfois, lorsque nous fermons les paupières, ne flottait au-dedans de moi :
Néanmoins j’étais sûr — aussi sûr que de l’existence de Dieu — qu’un Être se tenait immobile tout près de moi…
Je m’étonnai, puis je ressentis un peu de crainte. Mais cette crainte s’apaisa bientôt, car je ne sais quoi me disait que cette Présence n’avait rien d’hostile — bien au contraire.
Ensuite — ah ! ceci est ineffable — j’eus l’intuition l’on ne peut plus nette, on ne peut plus lumineuse, que c’était la Sainte Vierge.
Je tombai à genoux. Des larmes de joie me descendaient sur les joues.
Un respectueux amour me possédait tout entier. Je ne pouvais que répéter en sanglotant : Ave, ave Maria !…
L’invisible apparition passa devant moi. Je sentis quelque chose comme un frôlement presque imperceptible — peut-être celui de son voile — m’effleurer la face. Puis Elle s’éloigna vers le Gave et je sus qu’Elle rentrait à la Grotte.