Éperdu de reconnaissance, je tombai le front dans l’herbe et je rendis grâces, car j’avais compris que la bonne Mère, étant venue visiter ses chères filles Dominicaines et me voyant tout près, avait daigné traverser le val pour me purifier de son parfum…
Je crois fermement que c’est la communion quotidienne qui m’assainit l’âme au point qu’elle est rendue propre à percevoir et à goûter de telles adorables merveilles. Sans cet adjuvant, je me connais assez pour savoir que, par nature, je ne me plairais qu’aux sensations les plus brutales.
Ceux qui nourrissent une prévention contre cette pratique, objectent que, vu l’accoutumance, les effets de l’Eucharistie sur nous doivent aller en s’affaiblissant.
Ils se trompent : loin de s’accroupir dans la routine, l’âme ne cesse de tendre à la vertu et de se hausser, toujours davantage, vers les lumières d’En-Haut. La paix de Jésus lui devient si nécessaire qu’elle veille à ne pas la rompre même par des fautes vénielles. Si elle n’y arrive pas complètement, du moins elle en réduit de beaucoup le nombre. Par ainsi, elle finit par former une sorte de ciboire où Dieu consent à se reposer quelquefois…
Pour reprendre l’exposé de mes occupations journalières je vous dirai qu’après mon action de grâces prolongée à travers la campagne, j’ai l’habitude de gagner la chapelle des Carmélites ou celle des Pauvres Clarisses pour y rendre visite au Saint-Sacrement.
Chemin faisant, je lis, dans un des petits volumes que je porte toujours sur moi, soit un chapitre de l’Évangile, soit un passage de l’Imitation et j’en médite le sens de mon mieux. Ce sont deux aliments dont je ne puis me passer et dont je tire toujours du profit.
Il y a certaines phrases qui me plongent dans une rêverie profonde. J’y découvre des motifs de dévotion plus intense et des raisons d’aimer Jésus dont je ne m’étais pas encore douté. C’est comme une poignée de sarments jetée à propos sur un foyer qui risquait de s’accouvir sous la cendre. En récompense, et d’une façon irrésistible, la méditation tourne en oraison de désir. Une soif ardente du Ciel envahit tout mon être. Tandis que mes lèvres multiplient les Gloria, mon âme adjure la Sainte Trinité de m’attirer bientôt à Elle — de me rendre digne de me perdre, après un bref Purgatoire, dans sa suradorable Splendeur, comme une goutte de pluie se perd dans un océan sans rivages.
Arrivé à la chapelle, l’atmosphère d’infini recueillement, qui règne aux oratoires des communautés contemplatives, dignes de leur mission, m’enveloppe et me pénètre jusqu’aux moelles. C’est tout imprégné d’une allégresse paisible, d’une fraîcheur de prière, que je m’agenouille pour réciter lentement en réfléchissant sur chaque vers, l’O Salutaris.
Surtout chez les Clarisses j’ai ressenti cette impression. Il est si délicieusement humble leur oratoire ! — Ce plancher non ciré, ces ornements en bois des autels, cette douce obscurité : voilà bien la maison où Notre-Seigneur se plaît à sanctifier les âmes contrites. Là, Il est aussi pauvre — et aussi rayonnant, — qu’aux jours où la Sainte-Vierge le berçait dans sa crèche à Bethléem…
Avez-vous remarqué combien il est réconfortant de s’entretenir avec Jésus caché dans le tabernacle ?