Il semble qu’Il sommeillait en vous attendant et qu’Il se réveille dès que votre voix pressante l’appelle.
Alors quel colloque ! — On ne prie pas effectivement. On cause avec lui d’une manière intime. Il vous permet la familiarité. On lui dit ses aridités et ses peines. On lui montre son épaule meurtrie par la croix. Et il vous répond, à voix toute basse et toute suave ; et il vous console ; et il répand sur vos sécheresses la rosée de son amour ; et il oint votre plaie du baume de sa Passion…
Ah ! la visite au Saint Sacrement, c’est une étoile dans le ciel sombre de l’existence coutumière !…
L’après-midi, après vêpres, je retourne à la Grotte et j’y récite deux chapelets. En temps de pèlerinage, j’aime à les dire à haute voix en union avec les foules qui implorent la Madone. Je glisse, pour ainsi dire, mes propres demandes parmi celles de toutes ces âmes embrasées de foi, d’espérance et de charité. Ces prières enlacées les unes aux autres grimpent comme des clématites et des capucines le long du rocher pour s’épanouir aux pieds immaculés de la Vierge. Et l’expérience prouve que Notre Mère acceptant l’offrande, moissonnant toutes ces floraisons, les présente à son Fils et obtient, en retour, une surabondance de grâces.
Le premier chapelet je le dédie aux âmes du Purgatoire et je médite, en l’égrenant, les cinq mystères glorieux.
Ces mystères sont une torsade de joyaux où scintillent les turquoises couleur d’aurore de la Résurrection, le grand soleil diamanté de l’Ascension, les rubis aux feux pourpres du Saint Esprit, les lys d’argent lunaire de l’Assomption, les perles ravies à la Voie lactée du Couronnement de la Sainte Vierge.
Je recommande surtout à la Madone les âmes pour qui personne ne prie plus depuis des années. Elles doivent tant souffrir les pauvres oubliées ! Il me semble souvent les entendre se plaindre comme la brise mélancolique des soirs d’automne. Il me semble les voir tourbillonner, autour de moi, pareilles à des feuilles mortes. Et je suis si heureux de contribuer peut-être, à leur procurer ce rafraîchissement divin dont parle le Memento de la Messe qui leur est consacré.
Le second chapelet, je le dis pour la conversion des pécheurs en méditant les cinq mystères douloureux. Car n’est-il pas effrayant de penser que des âmes innombrables, par orgueil, ou, hélas, par ignorance, font suer du sang à Notre-Seigneur sous les oliviers de Gethsémani, le flagellent avec rage, le couronnent d’épines en lui crachant à la face, alourdissent du poids de leurs iniquités le fardeau de la Croix, l’outragent et l’abreuvent de fiel lorsqu’Il agonise au Calvaire ?
Ah ! ne fût-ce que pour soulager le Sauveur, comme on souhaite alors de souffrir avec Lui afin que ces âmes noyées dans des ténèbres lugubres soient éclairées !…
Enfin, le soir, je termine mes prières par le Sub Tuum à l’intention des malades dont la nuit redouble la fièvre, afin que la Vierge pose ses mains apaisantes sur leur front. Puis je dis le Te lucis de Saint Ambroise pour écarter les larves lubriques qui rôdent dans l’ombre et dans les rêves. Et je m’endors, les mains jointes en répétant trois fois : — Notre Dame de Lourdes, priez pour nous…