Il se tut et demeura quelque temps les yeux au ciel, en oraison mentale. Je me gardai bien de le troubler. Puis il ramena ses regards sur la terre, m’aperçut, me sourit et, me saluant d’un air amical, s’éloigna sans prononcer un mot…
Ainsi, pensai-je, voilà donc ce que produisent la communion quotidienne bien faite et l’habitude de la prière. Que je voudrais ressembler à cet homme qui conquit, dès ce monde, un avant-goût du Paradis !… Je ne suis qu’une épluchure ramassée par le Bon Dieu dans une poubelle qu’on négligea de désinfecter. Mais peut-être qu’en priant beaucoup, je mériterai, un jour, les ailes qui soulèvent cette âme au-dessus d’elle-même et je m’envolerai, avec elle, vers les sommets brûlants et radieux de la contemplation…
Et je m’en allait tout de suite à la Grotte, en disant et en redisant : — Ora pro nobis, Sancta Dei Genitrix, ut digni efficiamur promissionibus Christi.
ÉPILOGUE
Ave Regina coelorum,
Ave Domina Angelorum :
Salve radix, salve porta,
Ex qua mundo lux est orta.
Comme le caillou brisé venait de terminer son livre, il monta sur la route de Pau pour se rendre à la chapelle des Sœurs de Nevers — c’est la congrégation de Bernadette.
Avant d’assister à la messe de l’aumônier : le bon Père Burosse, il s’arrêta en haut de l’escalier qui borde la clôture de la communauté et s’accouda à la petite muraille d’où l’on découvre la ville de Lourdes et les montagnes.
Le ciel, ce jour-là, était d’un bleu très pur et le soleil teintait d’or rose la neige des hauts sommets.
— Azur et neige, se dit-il, voici que le paysage a revêtu les couleurs de la Sainte Vierge. Que je voudrais qu’elles revêtissent aussi mon volume !
Puis sa pensée s’envola vers la Grotte et il se mit à prier :