— Ignominieusement, Sire. Vous le voyez bien, je n’ai plus d’autre protecteur que Dieu, d’autre consolation que la prière, d’autre asile que le cloître.

— Vous aurez mon palais, vous aurez ma Cour. Oh! ne craignez plus rien, Louise; ceux-là ou plutôt celles-là qui vous ont chassée hier trembleront demain devant vous; que dis-je, demain? ce matin j’ai déjà grondé, menacé. Je puis laisser échapper la foudre que je retiens encore. Louise! Louise! vous serez cruellement vengée. Des larmes de sang paieront vos larmes. Nommez-moi seulement vos ennemis.

— Jamais! jamais!

— Comment voulez-vous que je frappe alors?

— Sire, ceux qu’il faudrait frapper feraient reculer votre main.

— Oh! vous ne me connaissez point! s’écria Louis exaspéré. Plutôt que de reculer, je brûlerais mon royaume et je maudirais ma famille. Oui, je frapperais jusqu’à ce bras, si ce bras était assez lâche pour ne pas anéantir tout ce qui s’est fait l’ennemi de la plus douce des créatures.

Et, en effet, en disant ces mots, Louis frappa violemment du poing sur la cloison de chêne, qui rendit un lugubre murmure.

La Vallière s’épouvanta. La colère de ce jeune homme tout-puissant avait quelque chose d’imposant et de sinistre, parce que, comme celle de la tempête, elle pouvait être mortelle.

Elle, dont la douleur croyait n’avoir pas d’égale, fut vaincue par cette douleur qui se faisait jour par la menace et par la violence.

— Sire, dit-elle, une dernière fois, éloignez-vous, je vous en supplie; déjà le calme de cette retraite m’a fortifiée: je me sens plus calme sous la main de Dieu. Dieu est un protecteur devant qui tombent toutes les petites méchancetés humaines. Sire, encore une fois, laissez-moi avec Dieu.