D’Artagnan la lut, salua le roi et sortit.

Du haut de la terrasse, il aperçut Gourville qui passait l’air joyeux, et se dirigeait vers la maison de M. Fouquet.

Chapitre CCXLVI — Le cheval blanc et le cheval noir

«Voilà qui est surprenant, se dit le capitaine: Gourville très joyeux et courant les rues, quand il est à peu près certain que M. Fouquet est en danger; quand il est à peu près certain que c’est Gourville qui a prévenu M. Fouquet par le billet de tout à l’heure, ce billet qui a été déchiré en mille morceaux sur la terrasse, et livré aux vents par M. le surintendant.

«Gourville se frotte les mains, c’est qu’il vient de faire quelque habileté. D’où vient Gourville?

«Gourville vient de la rue aux Herbes. Où va la rue aux Herbes?»

Et d’Artagnan suivit, sur le faîte des maisons de Nantes dominées par le château, la ligne tracée par les rues, comme il eût fait sur un plan topographique; seulement au lieu de papier mort et plat, vide et désert, la carte vivante se dressait en relief avec des mouvements, les cris et les ombres des hommes et des choses.

Au-delà de l’enceinte de la ville, les grandes plaines verdoyantes s’étendaient bordant la Loire, et semblaient courir vers l’horizon empourpré, que sillonnaient l’azur des eaux et le vert noirâtre des marécages.

Immédiatement après les portes de Nantes, deux chemins blancs montaient en divergeant comme les doigts écartés d’une main gigantesque.

D’Artagnan, qui avait embrassé tout le panorama d’un coup d’œil en traversant la terrasse, fut conduit par la ligne de la rue aux Herbes à l’aboutissement d’un de ces chemins qui prenait naissance sous la porte de Nantes.