— Mais, dit d’Artagnan en regardant Brienne de travers, vous ne savez peut-être pas, monsieur le secrétaire, que j’ai mes entrées partout et à toute heure.

Brienne prit doucement la main du capitaine, et lui dit:

— Pas à Nantes, cher monsieur d’Artagnan; le roi, en ce voyage, a changé tout l’ordre de sa maison.

D’Artagnan, radouci, demanda vers quelle heure le roi aurait fini de déjeuner.

— On ne sait, fit Brienne.

— Comment, on ne sait? Que veut dire cela? on ne sait combien le roi met à manger? C’est une heure, d’ordinaire, et, si j’admets que l’air de la Loire donne appétit, nous mettrons une heure et demie; c’est assez, je pense; j’attendrai donc ici.

— Oh! cher monsieur d’Artagnan, l’ordre est de ne plus laisser personne dans ce corridor; je suis de garde pour cela.

D’Artagnan sentit la colère monter une seconde fois à son cerveau. Il sortit bien vite, de peur de compliquer l’affaire par un coup de mauvaise humeur.

Comme il était dehors, il se mit à réfléchir.

«Le roi, dit-il, ne veut pas me recevoir, c’est évident; il est fâché, ce jeune homme; il craint les mots que je puis lui dire. Oui; mais, pendant ce temps, on assiège Belle-Île et l’on prend ou tue peut-être mes deux amis... Pauvre Porthos! Quant à maître Aramis, celui-là est plein de ressources, et je suis tranquille sur son compte... Mais, non, non, Porthos n’est pas encore invalide, et Aramis n’est pas un vieillard idiot. L’un avec ses bras, l’autre avec son imagination, vont donner de l’ouvrage aux soldats de Sa Majesté. Qui sait! si ces deux braves allaient refaire, pour l’édification de Sa Majesté Très Chrétienne, un petit bastion Saint-Gervais?... Je n’en désespère pas. Ils ont canon et garnison.