—Non, mon cher général, nul n'est plus brave que vous, nul n'est plus brave que moi, nul n'est plus brave que Cirillo, qui m'écoute et qui déjà deux fois m'a approuvé; et, lorsque l'heure de mourir sera venue, nous donnerons la preuve, je l'espère, que nul ne mourra mieux que nous. Kosciusko aussi était brave; mais, en tombant, il a dit ce mot terrible que trois démembrements ont justifié: Finis Poloniæ! Nous dirons en tombant, et vous tout le premier, je n'en doute pas, des mots historiques; mais, je le répète, si ce n'est pour nous, du moins pour nos enfants, qui auront notre besogne à refaire, mieux vaut ne pas tomber.
—Mais, dit Cirillo, ces Français, où sont-ils?
—Je descends de Saint-Elme, répondit Salvato; je quitte le colonel Mejean.
—Connaissez-vous cet homme? demanda Manthonnet.
—Oui, c'est un misérable, répondit Salvato avec son calme habituel, et voilà pourquoi l'on peut traiter avec lui. Il me vend mille Français.
—Il n'en a que cinq cent cinquante! s'écria Manthonnet.
—Pour Dieu, mon cher Manthonnet, laissez-moi finir; le temps est précieux, et, si je pouvais acheter du temps comme je puis acheter des hommes, j'en achèterais aussi. Il me vend mille Français.
—Nous pouvons, tout battus que nous sommes, rassembler encore dix ou quinze mille hommes, dit Manthonnet, et vous comptez faire avec mille Français ce que vous ne pouvez pas faire avec quinze mille Napolitains?
—Je ne compte point faire avec mille Français ce que je ne puis pas faire avec quinze mille Napolitains; mais, avec quinze mille Napolitains et mille Français, je puis faire ce que je ne ferais pas avec trente mille Napolitains seuls!
—Vous nous calomniez, Salvato.