Puis, au milieu d'un tumulte à faire croire que la salle allait crouler, le chef d'orchestre ayant fait un signe de son bâton et les premières notes ayant retenti, un silence étrange, en ce qu'il semblait plein de frémissements, succéda à ce tumulte, et, de sa voix pleine et sonore, de sa splendide voix de contralto, pareille à la muse de la patrie, Éléonore Pimentel aborda la première strophe, qui commence par ces vers:

Peuples qui rampiez à genoux,

Courbés sur les marches du trône,

Le tyran tombe, levez-vous

Et brisez du pied sa couronne[13]!

[13]

Il tiranno è caduto, surgete,

Gente oppresa! etc.

Il faut connaître le peuple napolitain, il faut avoir vu ses admirations montant jusqu'à la frénésie, ses enthousiasmes, qui, ne trouvant plus de mots pour s'exprimer, appellent à leur secours des gestes furibonds et des cris inarticulés, pour se faire une idée de l'état d'ébullition où se trouva la salle, lorsque le dernier vers de la Marseillaise parthénopéenne fut sorti de la bouche de la chanteuse, et lorsque la dernière note de l'accompagnement se fut éteinte dans l'orchestre.

Les couronnes et les bouquets tombèrent sur le théâtre comme une grêle d'orage.