Éléonore ramassa deux couronnes de laurier, posa l'une sur la tête de Monti, l'autre sur celle de Cimarosa.

Alors, sans qu'on pût voir qui l'avait jetée, tomba, au milieu de cette jonchée, une branche de palmier.

Quatre mille mains applaudirent, deux mille voix crièrent:

—A Éléonore la palme! à Éléonore la palme!

—Du martyre! répondit la prophétesse en la ramassant et en l'appuyant sur sa poitrine avec ses deux mains croisées.

Alors, ce fut un délire. On se précipita sur le théâtre. Les hommes s'agenouillèrent devant elle, et, comme sa voiture était à la porte, on la détela et on la ramena chez elle, traînée par des patriotes enthousiastes et accompagnée de l'orchestre qui, jusqu'à une heure du matin, joua sous sa fenêtre.

Toute la nuit, le chant de Monti retentit dans les rues de Naples.

Mais ce grand enthousiasme, enfermé dans la salle Saint-Charles, et qui avait failli faire éclater la salle, se refroidit le lendemain en se répandant par la ville. Cette ardeur de la veille était due à des conditions d'atmosphère, de chaleur, de lumière, de bruits, d'effluves magnétiques, et devait s'éteindre lorsque la réunion de ces circonstances fiévreuses n'existerait plus.

La ville, voyant rentrer en désordre ses derniers défenseurs blessés, fugitifs, couverts de poussière, les uns par la porte de Capoue, les autres par la porte del Carmine, tomba dans une tristesse qui devint bientôt de la consternation.

En même temps, une ligne se formait autour de Naples, qui, se resserrant toujours, tendait à l'étouffer dans un cercle de fer, dans une ceinture de feu.