En effet, de quelque côté que Naples se tournât, les républicains ne voyaient qu'ennemis acharnés, qu'adversaires implacables:

Au nord, Fra-Diavolo et Mammone;

A l'est, Pronio;

Au sud-est, Ruffo, de Cesare et Sciarpa;

Au sud et à l'ouest, les restes de la flotte britannique, que l'on s'attendait à voir reparaître plus puissante que jamais, renforcée de quatre vaisseaux russes, de cinq vaisseaux portugais, de trois vaisseaux turcs; enfin, toutes les tyrannies de l'Europe, qui semblaient s'être levées et se donner la main pour étouffer le cri de liberté poussé par la malheureuse ville.

Mais, hâtons-nous de le dire, les patriotes napolitains furent à la hauteur de la situation. Le 5 juin, le directoire, avec toutes les cérémonies employées dans les temps antiques, déploya le drapeau rouge et déclara la patrie en danger. Il invita tous les citoyens à s'armer pour la défense commune, ne forçant personne, mais ordonnant qu'au signal de trois coups de canon, tirés des forts à intervalles égaux, tout citoyen qui ne serait point porté sur les rôles de la garde nationale ou sur les registres d'une société patriotique, serait obligé de rentrer chez lui et d'en fermer les portes et les fenêtres jusqu'à ce qu'un autre coup de canon isolé lui eût donné la liberté de les rouvrir. Tous ceux qui, les trois coups de canon tirés, seraient trouvés dans la rue, le fusil à la main, sans être ni de la garde nationale, ni d'aucune société patriotique, devaient être arrêtés et fusillés comme ennemis de la patrie.

Les quatre châteaux de Naples, celui del Carmine, le castello Nuovo, le castello del Ovo et le château Saint-Elme furent approvisionnés pour trois mois.

Un des premiers qui se présenta pour recevoir des armes et des cartouches et pour marcher à l'ennemi fut un avocat de grande réputation, déjà vieux et presque aveugle, qui, autrefois savant dans les antiquités napolitaines, avait servi de cicerone à l'empereur Joseph II lors de son voyage en Italie.

Il était accompagné de ses deux neveux, jeunes gens de dix-neuf à vingt ans.

On voulut, tout en donnant des fusils et des cartouches aux deux jeunes gens, en refuser au vieillard, sous prétexte qu'il était presque aveugle.