—J'irai si près de l'ennemi, répondit-il, que je serai bien malheureux si je ne le vois pas.

Comme aux préoccupations politiques se joignait une grande préoccupation sociale: c'est que le peuple manquait de pain, il fut résolu au directoire que l'on porterait des secours à domicile; ce qui était à la fois une mesure d'humanité et de bonne politique.

Dominique Cirillo imagina alors de fonder une caisse de secours, et, le premier, donna tout ce qu'il avait d'argent comptant, plus de deux mille ducats.

Les plus nobles cœurs de Naples, Pagana, Conforti, Baffi, vingt autres, suivirent l'exemple de Cirillo.

On choisit dans chaque rue le citoyen le plus populaire, la femme la plus vénérée; ils reçurent les noms de père et de mère des pauvres et mission de quêter pour eux.

Ils visitaient les plus humbles maisons, descendaient dans les plus misérables cantines, montaient aux derniers étages et y portaient le pain et l'aumône de la patrie. Les ouvriers qui avaient une profession trouvaient aussi du travail, les malades des secours et des soins. Les deux dames qui se vouèrent avec le plus d'ardeur à cette œuvre de miséricorde furent les duchesses de Pepoli et de Cassano.

Dominique Cirillo était venu prier Luisa d'être une des quêteuses; mais elle répondit que sa position de femme du bibliothécaire du prince François lui interdisait toute démonstration publique du genre de celle que l'on réclamait d'elle.

N'avait-elle point fait assez, n'avait-elle point fait trop en amenant, sans le savoir, l'arrestation des deux Backer?

Cependant, en son nom et en celui de Salvato, elle donna trois mille ducats à la duchesse Fusco, l'une des quêteuses.

Mais la misère était si grande, que, malgré la générosité des citoyens, la caisse se trouva bientôt vide.