C'était presque sa patrie.
Par un singulier jeu du hasard, il eut pour compagnons de voyage ce même général Mack, qui avait, à Caserte, voulu lui rendre une épée qu'il n'avait point voulu recevoir, et ce même Pie VI que la Révolution envoyait mourir à Valence.
C'était à Grenoble que Championnet devait être jugé.
«Vous traduisez Championnet à la barre d'un tribunal français, s'écria Marie-Joseph Chénier à la tribune des Cinq-Cents: c'est sans doute pour lui faire faire amende honorable d'avoir renversé le dernier trône de l'Italie!»
Le premier qui fut appelé comme témoin devant le conseil de guerre fut son aide de camp Villeneuve.
Il s'avança d'un pas ferme en face du président, et, après avoir respectueusement salué l'accusé:
—Que n'appelez-vous aussi, dit-il, en même temps que moi tous les compagnons de ses victoires? Leur témoignage serait unanime comme leur indignation. Entendez cet arrêt d'un historien célèbre: «Une puissance injuste peut maltraiter un honnête homme, mais ne peut le déshonorer.»
Pendant que le procès se jugeait, arriva la journée du 30 prairial, qui chassa du Directoire Treilhard, Révellière-Lepaux et Merlin, pour y introduire Gohier, Roger-Ducos et le général Moulin.
Cambacérès eut le portefeuille de la justice, François de Neufchâteau celui de l'intérieur, et Bernadotte celui de la guerre.
Aussitôt arrivé au pouvoir, Bernadotte donna l'ordre d'interrompre, comme honteux et antinational, le procès intenté à Championnet, son compagnon d'armes à l'armée de Sambre-et-Meuse, et lui écrivit la lettre suivante: