La lutte fut terrible. Hector Caraffa, l'épée aux dents, portant d'une main sa bannière, se tenant de l'autre au montant de son échelle, gravissait, échelon par échelon, sans que les projectiles de toute espèce que l'on faisait pleuvoir sur lui eussent le pouvoir de l'arrêter.

Enfin, il saisit un créneau que rien ne parvint à lui faire lâcher.

Un moulinet de son épée fit un grand cercle vide autour de lui, et, au milieu de ce cercle vide, on vit Hector Caraffa plantant le premier la bannière tricolore sur les murs d'Andria.

Pendant qu'Hector Caraffa, suivi de quelques hommes à peine, s'emparait de la muraille, et, malgré les efforts d'une troupe dix fois plus considérable que la sienne, s'y maintenait, un obus effondrait la porte de Trani, et, par cette ouverture, les Français se ruaient dans la ville.

Mais, derrière la porte, ils trouvèrent le fossé, dans lequel ils se précipitèrent, mais qu'ils eurent comblé en un instant.

Alors, s'aidant les uns les autres, les blessés prêtant leurs épaules à ceux qui ne l'étaient pas, avec cette furie française à laquelle rien ne résiste, les soldats de Broussier franchirent le fossé, s'élancèrent dans les rues au pas de course, à travers une grêle de balles, qui partant de toutes les maisons, tua en quelques minutes plus de douze officiers et de cent soldats, et pénétrèrent jusqu'à la grande place, où ils s'établirent.

Hector Caraffa et sa colonne vinrent les y joindre: Hector était ruisselant du sang des autres et du sien.

La colonne d'Ordonneau, qui n'avait pu entrer par la porte de Barra, laquelle était murée, entendant la fusillade dans l'intérieur de la ville, en conclut que Broussier ou Hector Caraffa avaient trouvé une brèche et en avaient profité. Elle se mit donc à faire au pas de course le tour de la ville, trouva la porte de Trani enfoncée et entra par la porte de Trani.

Sur la place, où se trouvaient réunies, après le terrible combat que nous avons essayé de décrire, les trois colonnes françaises et la colonne napolitaine, s'expliqua cette rage frénétique qui avait animé les habitants d'Andria, et dont nous ne donnerons qu'un seul exemple.

Douze hommes barricadés dans une maison étaient assiégés par un bataillon entier.