Broussier marcha contre elle avec sa petite armée, diminuée de plus de cinq cents hommes par les deux combats de San-Severo et d'Andria.
Trani était mieux fortifiée qu'Andria: elle était considérée comme le boulevard de l'insurrection et comme la principale place d'armes des révoltés, ceinte d'une muraille bastionnée, protégée par un fort régulier et défendue par plus de huit mille hommes. Ces huit mille hommes, habitués aux armes, étaient des marins, des corsaires, d'anciens soldats de l'armée napolitaine.
Dans une autre époque et dans un temps de guerre stratégique, Trani eût peut-être obtenu les honneurs d'un siége régulier; mais le temps et les hommes manquaient, et il fallait substituer les coups de main hasardeux aux combinaisons habiles. Et cependant Trani ne laissait pas que d'inquiéter le chef de l'expédition, qui opposait à la confiance de Caraffa une garnison de huit mille hommes commandés par d'excellents officiers, à l'abri derrière de bonnes murailles, sans compter dans le port une flottille composée de barques et de chaloupes canonnières. Mais à toutes les objections de Broussier, Hector Caraffa répondait:
—Du moment qu'il y aura une échelle assez haute pour atteindre les murailles de Trani, je prendrai Trani comme j'ai pris Andria.
Broussier se rendit, convaincu par cette héroïque confiance. Il fit avancer l'armée sur trois colonnes et par trois chemins différents pour bloquer complétement la ville. Dans la journée du 1er avril, les avant-postes s'en approchèrent à un tir de pistolet.
La nuit vint, et on l'occupa à établir différentes batteries de brèche.
Ettore Caraffa demanda à ne point entrer dans les combinaisons générales et à suivre son inspiration en disposant à sa volonté de ses hommes.
La chose lui fut accordée.
Le 2 avril, au point du jour, les batteries commencèrent à tirer du côté de Biseglia.
Quant à Hector et à ses hommes, ils avaient, bien avant le point du jour, contourné les murailles et étaient arrivés, sans reconnaître aucun endroit faible, de l'autre côté de Trani, jusque sur la plage de la mer.