—Je ne comprends pas, général.

—Comment, vous ne comprenez pas? C'est bien simple, cependant. Du moment que j'ai trouvé, dans la noblesse et dans la bourgeoisie napolitaine, non plus des ennemis, mais des alliés, j'ai déclare solennellement renoncer au droit de conquête, et je me suis borné à demander une contribution de soixante-cinq millions de francs pour l'entretien de l'armée libératrice. Vous comprenez, mon cher monsieur, que je n'ai pas chassé le roi de Naples pour coûter à Naples plus cher que ne lui coûtait son roi, et que je n'ai pas brisé les fers des Napolitains pour en faire des esclaves de la république française. Il n'y a qu'un barbare, sachez-le, monsieur le commissaire civil, un Attila ou un Genséric qui puisse déshonorer une conquête comme la nôtre, c'est-à-dire une conquête de principes, en usurpant à force armée les biens et les propriétés du peuple chez lequel il est entré en lui promettant la liberté et le bonheur.

—Je doute, général, que le Directoire accepte ces conditions.

—Il faudra bien qu'il les accepte, monsieur, dit Championnet avec hauteur, puisque je les ai non-seulement faites ayant le droit de les faire, mais que je les ai signifiées au gouvernement napolitain et qu'elles ont été acceptées par lui. Il va sans dire que je vous laisse tout droit de contrôle, monsieur le commissaire, et que, si vous pouvez me prendre en faute, je vous autorise de tout cœur à le faire.

—Général, permettez-moi de vous dire que vous me parlez comme si vous n'aviez pas pris connaissance des instructions du gouvernement.

—Si fait! et c'est vous, monsieur, qui insistez comme si vous ignoriez la date de ces instructions. Elles sont du 5 février, n'est-ce pas?

—Oui.

—Eh bien, mon traité avec le gouvernement napolitain est du 1er: la date de mon traité prime donc celle de vos instructions, puisqu'elle lui est antérieure de cinq jours.

—Alors, vous refusez de reconnaître mes instructions?

—Non: je les reconnais, au contraire, comme arbitraires, antigénéreuses, antirépublicaines, antifraternelles, antifrançaises, et je leur oppose mon traité.