Cette fois, le danger soulevait le voile des illusions et montrait son visage effaré. Il ne s'agissait plus de perdre le temps en vaines paroles: il fallait agir.
Salvato, usant de la liberté momentanée qui lui était rendue, donna le premier l'exemple. Au risque d'être pris par des brigands, muni des pouvoirs de son père, il partit pour le comté de Molise, et, tant par ses fermiers que par ses intendants, réunit une somme de près de deux cent mille francs, et créa un corps de volontaires calabrais qui prit le nom de légion calabraise. C'étaient d'ardents soutiens de la liberté, tous ennemis personnels du cardinal Ruffo, et ayant chacun quelque mort à venger contre les sanfédistes ou leur chef, et résolus à laver le sang avec le sang. Ces mots inscrits sur leurs bannières indiquaient le serment terrible qu'ils avaient fait:
NOUS VENGER, VAINCRE OU MOURIR!
Le duc de Rocca-Romana, excité par cet exemple,—on le croyait du moins,—sortit de son harem de la Descente du géant et demanda et obtint l'autorisation de lever un régiment de cavalerie.
Schipani réorganisa son corps d'armée, détruit et dispersé: il en fit deux légions, donna le commandement de l'une à Spano, Calabrais comptant de longues années de service dans les grades inférieurs de l'armée, et prit le commandement de l'autre.
Abrial, de son côté, remplissait conscieusement la mission à lui confiée par le Directoire.
Le pouvoir législatif fut remis par lui aux mains de vingt-cinq citoyens; le pouvoir exécutif à cinq, le ministère à quatre.
Lui-même choisit les membres qui devaient faire partie de ces trois pouvoirs.
Au nombre des nouveaux élus à ce terrible honneur, qui devait coûter la vie à la plupart, était une de nos premières connaissances, le docteur Dominique Cirillo.
Lorsqu'on lui annonça le choix que l'agent français avait fait de lui, il répondit: