—Le danger est grand, mais l'honneur est plus grand encore. Je dévoue à la République mes faibles talents, mes forces, ma vie.

Manthonnet, de son côté, travaillait nuit et jour à la réorganisation de l'armée. Au bout de quelques jours, en effet, une armée nouvelle était prête à marcher au-devant du cardinal, que l'on sentait pour ainsi dire s'approcher d'instant en instant.

Mais, auparavant, cœur généreux qu'était le ministre de la guerre, il voulut donner à la ville un spectacle qui, tout à la fois, la rassurât et l'exaltât.

Il annonça la fête de la Fraternité.

Le jour marqué pour cette fête, la ville s'éveilla au son des cloches, des canons et des tambourins, comme elle avait l'habitude de le faire dans ses jours les plus heureux.

Toute la garde nationale à pied eut l'ordre de se placer en haie dans la rue de Tolède; toute la garde nationale à cheval se rangea en bataille sur la place du Palais; toute l'infanterie de ligne se massa place du Château.

Disons en passant, qu'il n'y a peut-être pas une capitale au monde où la garde nationale soit si bien organisée qu'à Naples.

Un grand espace était resté libre autour de l'arbre de la Liberté, à dix pas duquel était dressé un bûcher.

Vers onze heures du matin, par une magnifique journée de la fin du mois de mai, toutes les fenêtres étant pavoisées de drapeaux aux couleurs de la République, toutes les femmes garnissant ces fenêtres et secouant leurs mouchoirs aux cris de «Vive la République!» on vit, du haut de la rue de Tolède, s'avancer un immense cortége.

C'étaient d'abord tous les membres du nouveau gouvernement nommés par Abrial, ayant à leur tête le général Manthonnet.