Derrière eux, marchait l'artillerie; puis venaient les trois bannières prises aux bourboniens, une aux Anglais, les deux autres aux sanfédistes, puis cinq ou six cents portraits de la reine et du roi recueillis de toutes parts et destinés au feu; enfin, enchaînés deux à deux, les prisonniers de Castellamare et des villages voisins.
Une masse de peuple, pleine de rumeurs de vengeance et de menaces de haine, suivait en hurlant: «A mort les sanfédistes! à mort les bourboniens!» Car le peuple, avec ses idées de sang, ne pouvait se figurer que l'on tirât les captifs de leur prison pour autre chose que pour les égorger.
Et c'était bien aussi la conviction des pauvres prisonniers, qui, à part quelques-uns qui semblaient porter un défi à leurs futurs bourreaux, marchaient la tête basse et pleurant.
Manthonnet fit un discours à l'armée pour lui rappeler ses devoirs aux jours de l'invasion.
L'orateur du gouvernement fit un discours au peuple, dans lequel il lui prêcha le respect de la vie et de la propriété.
Après quoi, on alluma le bûcher.
Alors, le ministre des finances s'approcha des flammes et y jeta une masse de billets de banque montant à la somme de six millions de francs, économies que, malgré la misère publique, le gouvernement avait faites en deux mois.
Après les billets de banque vinrent les portraits.
Depuis le premier jusqu'au dernier, tous furent brûlés, aux cris de «Vive la République!»
Mais, quand le tour vint d'y jeter les bannières, le peuple se rua sur ceux qui les portaient, s'empara d'elles, les traîna dans la boue et finit par les déchirer en petits morceaux, que les soldats placèrent, fragments presque impalpables, au bout de leur baïonnette.