Restaient les prisonniers.

On les força de s'approcher du bûcher, on les groupa au pied de l'arbre de la Liberté, on les entoura d'un cercle de baïonnettes, et, au moment où ils n'attendaient plus que la mort, au moment où le peuple, les yeux flamboyants, aiguisait ses ongles et ses couteaux, Manthonnet cria:

—A bas les chaînes!

Alors, les principales dames de la ville, la duchesse de Popoli, la duchesse de Conzano, la duchesse Fusco, Eleonora Pimentel se précipitèrent, au milieu des hourras, des bravos, des larmes, des étonnements; elles détachèrent les chaînes des trois cents prisonniers sauvés de la mort, au milieu des cris de «Grâce!» et de ceux mille fois répétés de «Vive la République!»

En même temps, d'autres dames entrèrent dans le cercle avec des verres et des bouteilles, et les prisonniers, en étendant vers l'arbre de la Liberté leurs bras redevenus libres, burent au salut et à la prospérité de ceux qui avaient su vaincre, et, chose plus difficile, qui avaient su pardonner.

Cette fête, comme nous l'avons dit, reçut le nom de fête de la Fraternité.

Le soir, Naples fut illuminé à giorno.

Hélas! c'était son dernier jour de fête: le lendemain était celui du départ de l'armée, et l'on commençait d'entrer dans les jours de deuil.

Un triste épisode marqua les dernières heures de cette grande journée.

Vers cinq heures du soir, on apprit que le duc de Rocca-Romana, qui avait demandé et obtenu l'autorisation de former un régiment de cavalerie, ayant formé ce régiment, était passé avec lui aux insurgés.