Mais, on l'a vu, Caracciolo avait été profondément blessé de la préférence donnée à Nelson sur lui, pour le passage de la famille royale en Sicile. La présence du duc de Calabre à son bord lui avait paru plutôt un accident qu'une faveur, et, au fond du cœur, un certain désir de vengeance, dont il ne se rendait pas compte lui-même et qu'il déguisait sous le nom d'amour de la patrie, le poussait à faire repentir ses souverains du mépris qu'ils avaient fait de lui.

Il en résulta que, dès qu'il eut pris son parti de servir la République, Caracciolo s'y appliqua non-seulement en homme d'honneur, mais en homme de génie qu'il était. Il arma du mieux qu'il put, et avec une merveilleuse rapidité, une douzaine de barques canonnières, qui, réunies à celles qu'il fit construire, et à trois navires que le commandant du port de Castellamare avait sauvés de l'incendie, lui constituèrent une petite flottille d'une trentaine de bâtiments.

L'amiral en était là et n'attendait qu'une occasion d'en venir aux mains d'une façon avantageuse avec les Anglais, lorsqu'il s'aperçut, un matin, qu'au lieu des douze ou quinze bâtiments anglais qui, la veille encore, bloquaient la baie de Naples, il n'en restait plus que trois ou quatre: les autres avaient disparu dans la nuit.

Faisons une enjambée de Naples à Palerme, et voyons ce qui s'y est passé depuis le départ de la bannière royale.

On se rappelle que le commodore Troubridge, cédant au besoin qu'éprouvait la population de voir pendre dix ou douze républicains, avait prié le roi d'envoyer un juge par le retour du Perseus, et que, le roi ayant demandé ce juge au président Cardillo, celui-ci lui avait indiqué comme un homme sur lequel il pouvait compter le conseiller Speciale.

Speciale avait, avant son départ, été reçu en audience particulière par le roi et par la reine, qui lui avaient donné ses instructions, et était, comme l'avait demandé Troubridge, arrivé à Ischia par le retour du Perseus.

Son premier acte fut de condamner à mort un pauvre diable de tailleur dont le crime unique était d'avoir fourni des habits républicains aux nouveaux officiers municipaux.

Au reste, nous laisserons, pour donner à nos lecteurs une idée de ce qu'était au moral le conseiller Speciale, nous laisserons, disons-nous, parler Troubridge, qui, on le sait, n'est pas tendre à l'endroit des républicains.

Voici quelques lettres du commodore Troubridge que nous traduisons de l'original et que nous mettons sous les yeux de nos lecteurs.

Comme celles que nous avons déjà lues, elles sont adressées à l'amiral Nelson.