Un matin qu'en allant de chez Assunta chez sa sœur de lait, c'est-à-dire de Marinella à Mergellina, trajet qu'il faisait à peu près tous les jours, il passait devant la porte du beccaïo, et qu'avec cette flânerie naturelle aux Méridionaux, il s'arrêtait sans aucun motif de s'arrêter, il lui parut qu'à son arrivée, la conversation changeait d'objet et que l'on se faisait certains signes qui voulaient dire visiblement: «Défions-nous: voilà Michele!»

Michele était trop fin pour avoir l'air de voir ce qu'il avait vu; mais, en même temps, il était trop curieux pour ne pas chercher à savoir ce qu'on lui cachait. Il causa un instant avec le beccaïo, qui faisait le républicain enragé et dont il ne put rien tirer; mais, en sortant de chez lui, il entra chez un boucher nommé Cristoforo, ennemi naturel du beccaïo par la seule raison qu'il exerçait, à peu près, le même état que lui.

Cristoforo, qui, lui, était véritablement patriote, avait remarqué, depuis le matin, une assez grande agitation au Marché-Vieux. Cette agitation, à ce qu'il avait cru reconnaître, était causée par deux hommes qui avaient distribué, à quelques individus bien connus pour leur attachement à la cause des Bourbons, des monnaies étrangères d'or et d'argent. Dans un de ces deux hommes, Cristoforo avait reconnu un ancien cuisinier du cardinal Ruffo nommé Coscia et qui, comme tel, était en relation avec les marchands du Marché-Vieux.

—Bon! dit Michele, as-tu vu cette monnaie, compère?

—Oui; mais je ne l'ai pas reconnue.

—Pourrais-tu nous en procurer une, de ces monnaies?

—Rien de plus facile.

—Alors, je sais quelqu'un qui nous dira bien de quel pays elle vient.

Et Michele tira de sa poche une poignée de pièces de toute espèce pour que Cristoforo pût rendre en monnaie napolitaine l'équivalent des monnaies étrangères qu'il allait quérir.

Dix minutes après, il revint avec une pièce d'argent de la valeur d'une piastre, mais plus mince. Elle représentait, d'un coté, une femme à la tête altière, à la gorge presque nue, portant une petite couronne sur le front;—de l'autre, un aigle à deux têtes, tenant dans une de ses serres le globe, dans l'autre le sceptre.