Le capitaine Bonvouloir rejoignit ses compagnons qui avaient tué une belle génisse, mais qu'ils ne pouvaient aborder à cause de la présence d'un énorme taureau qui les en tenait à une distance respectable.

—Vous êtes des guerriers,—s'écria le marin,—qui allez en pays étranger pour rencontrer l'ennemi, et qui reculez dès qu'il se montre. Je viens d'abattre six taureaux de ce poil, et certes, celui-ci n'a pas le crâne tellement dur qu'il faille, pour le lui entamer, une des balles enchantées de Robin-Hood…

—Halte là! capitaine,—dit Frémont-Hotspur,—il est vrai que vous expédiez merveilleusement les daims et les ours; mais vous ne connaissez pas le métier de torrero[210], et «à novice avocat, cause perdue,» dit le proverbe; le Natchez lui-même ne sait trop que penser de cette attitude, qui est celle d'un ennemi bien déterminé à se défendre.

[ [210] Torrero est le mot générique pour désigner tout homme combattant le taureau, à pied ou à cheval.

Le capitaine Bonvouloir pique des deux; arrivé à une petite distance du buffalo, son cheval effrayé recule en remuant les oreilles avec tous les symptômes de l'aversion; le buffalo se bat les flancs de sa queue, sa bouche est béante, ses yeux rouges se dilatent et étincellent comme des charbons ardents: le marin aborde hardiment ce puissant antagoniste; celui-ci pousse un rauque beuglement, fond sur lui avec impétuosité et lui présente son large front hérissé de poils. Le capitaine simule une fuite, le buffalo le poursuit; tout-à-coup le pionnier fait pirouetter son cheval parfaitement dressé à cette manœuvre, tire à bout portant et étend le taureau sur l'herbe: un cri de triomphe accueille cet exploit…

Les chasseurs choisirent les morceaux les plus délicats des nombreuses pièces qu'ils avaient abattues, et reprirent la route du campement. Les sauvages s'assemblèrent en conseil et fumèrent le calumet en actions de grâces au Grand-Esprit; on fit un partage équitable des produits de la chasse, et en un moment les broches et les chaudières furent en pleine activité. Daniel Boon et le Natchez se chargèrent de préparer un souper splendide. Aaron Percy, alors en pleine convalescence, y fut convié avec sa famille, et la charmante miss Julia put apprendre une nouvelle manière de préparer une daube. Le Natchez prit une bosse de buffalo et l'enveloppa soigneusement dans une peau fraîche entièrement dépouillée de son poil; pendant ce temps, Daniel Boon creusa un trou au-dessus duquel il alluma un grand feu; le trou une fois chauffé jusqu'au rouge fut nettoyé, et le Natchez y plaça la bosse de buffalo. Les deux amis couvrirent le tout de cendres chaudes, et quelques heures après nos pionniers faisaient honneur à un souper digne d'un épicurien; on mangea beaucoup, on but du café, du thé, les langues se délièrent, enfin la plus bruyante gaîté régna dans le camp.

HAIL COLUMBIA!

Aurais-je dit quelque sottise? cela est possible; j'aime trop la mythologie, et je ne suis pas toujours heureux dans mes citations.

(George Sand, André.)

Plus on voit, moins on écrit; plus les impressions sont vives, accumulées, pressantes, moins on est tenté de les vouloir rendre.

(Armand Carrel.)

Répète-moi que ton affection m'a suivi, et qu'aux heures du découragement où je me croyais seul dans l'univers, il y avait un cœur qui priait pour moi.

(George Sand.)