—Les cas sont extrêmement rares,—répondit le vieux guide;—cependant, il y a quelques années, les Pawnies (les plus redoutables maraudeurs de ces prairies) commirent un acte atroce, pour obéir à une superstition.
—Hum! hum!… pourrait-t-on vous demander quelques détails sur cette affaire, Colonel?—
—Certainement,—répondit Boon;—vous savez qu'à l'oblation du calumet, les Pawnies joignent le sacrifice sanglant, et selon ce qu'ils disent avoir appris de… l'oiseau et de… l'étoile…
—Ah!… de… l'oiseau… et de… l'étoile?—dit le capitaine Bonvouloir—Je ne m'attendais pas à voir… une… étoile… dans cette affaire? vous avez dit un… oiseau… et une… étoile?
—Oui,—continua Boon;—selon ce qu'ils disent avoir appris de… l'oiseau… et de… l'étoile, le sacrifice le plus agréable au Grand-Esprit, est celui d'un ennemi offert de la manière la plus cruelle possible…
—Ah! ah!—firent les pionniers épouvantés.—(Que le lecteur se rappelle les ah! ah! de Bridoison, dans la comédie)[157].
[ [157] Mariage de Figaro.
—Vous ne sauriez entendre sans horreur, les circonstances qui accompagnèrent l'immolation d'une jeune fille de la tribu des Sioux. C'était au moment des semailles, et dans le but d'obtenir une bonne récolte, que ce crime fut consommé… Cette jeune fille était âgée de quatorze ans; après avoir été bercée pendant six mois, de l'idée qu'on préparait une fête pour le retour de la belle saison, elle s'en réjouissait. Le jour fixé pour la prétendue ovation, étant arrivé, elle fut revêtue de ses plus beaux ornements, et placée au milieu de plusieurs guerriers qui semblaient ne l'escorter que par honneur; n'ayant dans l'esprit que des idées riantes, elle s'avançait vers le lieu du sacrifice dans la plus entière sécurité, et pleine de ce mélange de timidité et de joie, si naturel à un enfant entouré d'hommages. Pendant la marche, qui fut longue, le silence n'était interrompu que par des chants religieux et des invocations au Grand-Esprit, sévères préludes qui ne devaient guère contribuer à entretenir l'espérance si flatteuse dont on l'avait, jusque-là, bercée. Arrivée au bûcher, quelle ne fut pas sa surprise, en ne voyant que des torches et des instruments de supplice; quand il ne lui fut plus possible de se faire illusion sur son sort, qui pourrait peindre les déchirements de son âme;… levant les mains au ciel, elle conjurait les bourreaux d'avoir pitié de son innocence, de sa jeunesse… de ses parents… mais tout fut inutile;… rien ne put les attendrir;… le supplice dura aussi longtemps que le fanatisme put permettre à des cœurs féroces de jouir de ce terrible spectacle;… enfin le chef sacrificateur lui décocha une flèche qui fut suivie d'une grêle de traits, lesquels, après avoir été tournés et retournés dans les blessures, en furent arrachés; le corps de la jeune fille ne fut bientôt qu'un affreux amas de chairs meurtries et sanglantes;… le reste est horrible à dire…
—Continuez!… continuez!… s'écrièrent tous les pionniers.
Boon reprit après un moment de silence: