M. de Vence entra: il venait chaque dimanche chercher là Bertrand d'Ouville pour l'emmener au cercle faire une partie de whist. On lui présenta Philippe: il fut assez froid.

—Toute cette jeunesse semble bien animée, dit-il de sa voix des lèvres, hautaine et gouailleuse.

—M. Viniès nous parlait de Victor Hugo, dit Geneviève avec une moue comique.

—Ce Hugo, dit M. de Vence, est le petit-fils d'un menuisier de Nancy: il se fait appeler vicomte Hugo par la grâce de M. Joseph Bonaparte. Il change d'opinions politiques chaque fois que la France change de gouvernement: ce n'est pas peu dire.

—Cela n'empêche pas ses vers d'être bons, dit Mademoiselle.

—Ses vers? Je ne les lis pas, dit M. de Vence, je n'aime pas ces littératures décadentes... Allons venez au cercle, mon bon, il y a un membre du comité qui veut nous soumettre une idée.

—Viniès, dit Bertrand d'Ouville, je crois que vous avez raison et que la Révolution approche. Si le Comité du cercle d'Abbeville se met à avoir des idées...

—La Révolution, dit M. de Vence, elle est plus près que vous ne pensez. J'ai beaucoup à me plaindre de mes paysans. Je leur ai donné un curé que je paie, et une salle de billard pour les empêcher d'aller au cabaret. Ah! bien, oui: ils escaladent mes murs et volent le poisson de ma rivière.

Les trois hommes prirent congé. Philippe fut chaleureusement invité à revenir quand il le voudrait.

Quand ils furent sortis, Mademoiselle s'assit au piano et s'accompagnant fredonna, d'une voix étonnamment jeune: