Dans le vestibule, il s'arrêta un instant, un peu étourdi, puis erra quelques secondes à la recherche de son chapeau, de sorte qu'un domestique, qui l'entendit, ouvrit la porte de l'office et le suivit pour le reconduire.

C'est à ce moment que cette sortie d'amant chassé, ce valet de chambre debout derrière lui, rappelèrent brusquement à mon camarade une nouvelle de Balzac qu'il venait de lire, une courte, mais très belle nouvelle qui a pour titre: La Femme Abandonnée.

Est-ce que vous vous souvenez tous de La Femme Abandonnée? Ah! Vous n'êtes pas des balzaciens... Il faut alors que je vous rappelle, pour que vous compreniez la suite, que dans ce récit un jeune homme s'introduit, sous un faux prétexte, chez une femme et lui déclare, sans préparation, l'amour le plus extravagant.

Elle lui lance un coup d'œil plein de hauteur et de mépris» et dit au valet de chambre quelle a sonné: «Jacques—ou Jean—, éclairez Monsieur». Jusque-là, c'était assez l'aventure de Lecadieu.

Mais dans Balzac le jeune homme, en traversant l'antichambre, réfléchit: «Si je quitte la maison, je serai toujours un sot pour cette femme; peut-être en ce moment ressent-elle un regret vague de m'avoir si brusquement congédié; c'est à moi de le comprendre.» Il dit alors au valet de chambre: «J'ai oublié quelque chose», remonte, trouve encore Mme de Beauséant dans le salon et devient son amant.

—Oui, pensa Lecadieu, tout en cherchant sa manche avec maladresse... Oui, c'est ma situation... Exactement... et non seulement je serai toujours un sot à ses yeux, mais elle racontera cette aventure à son mari. Et quels ennuis!... Si je remonte, au contraire...» Il dit au valet de chambre: «J'ai oublié mes gants», traversa le vestibule presque en courant et rouvrit la porte du boudoir.

Mme Trélivan était assise, songeuse, sur une petite chaise, près de la cheminée; elle le regarda avec surprise, mais avec une grande douceur:

—Quoi! Monsieur, dit-elle, c'est encore vous? Je croyais...

—J'ai dit au valet de chambre que j'avais oublié mes gants. Je vous supplie de m'entendre cinq minutes.

Elle ne protesta pas, et il paraît certain que, pendant les courts instants de réflexion que lui avait laissés la sortie de mon ami, elle avait regretté son mouvement de vertu. Ce sentiment, si humain, de mépriser ce qui s'offre et de s'accrocher à ce qui échappe, avait fait sans doute que, l'ayant chassé de bonne foi, en l'entendant s'éloigner elle avait désiré le revoir.