«—Pardonnez-moi, dit Adeline; un mariage avec le marquis serait magnifique, mais jamais heureux. Son caractère excite mon aversion; et je vous supplie, monsieur, de ne plus me parler de lui.»


CHAPITRE III.

La conversation rapportée dans le chapitre précédent fut interrompue par l’arrivée de Pierre, qui, en sortant de la chambre, regarda Adeline très-intelligiblement, et lui fit presque signe. Elle était fort inquiète de savoir ce qu’il lui voulait, et passa bientôt après dans la salle, où elle le trouva qui ne se pressait pas de s’éloigner. Dès qu’il la vit, il lui fit signe de ne rien dire, et de le suivre dans un coin. «Eh bien! Pierre, lui dit-elle, qu’avez-vous à m’apprendre?

«—Chut! mamselle; pour l’amour de Dieu, parlez plus bas: si l’on nous écoutait, nous serions perdus.»

Adeline le pria de s’expliquer. «Oui, mamselle, c’est ce qui m’a trotté dans la tête toute la journée. Je n’ai pas cessé d’épier le moment; j’ai regardé, et tant regardé encore, que j’ai craint que mon maître ne m’aperçût; mais j’ai eu beau faire, vous n’avez pas voulu m’entendre.»

Adeline le conjura d’être prompt.

«—Oui, mamselle; mais j’ai tant de peur qu’on nous voie! Mais il n’y a rien que je ne fasse pour une aussi bonne demoiselle; car je ne saurais songer au danger qui vous a menacée, sans vous en parler.»

«—Au nom de Dieu, dit Adeline, dépêchez-vous, sans quoi nous serons interrompus.»

«—Eh bien! donc...; mais il faut que vous me juriez, par la sainte Vierge, que vous ne direz jamais que c’est moi qui vous l’ai dit, car mon maître me...»