«Quel gage me donnerez-vous de votre fidélité?»

«Ma vie, monsieur, n’est-elle pas déjà en votre pouvoir?» Le marquis hésita, et dit alors: «Demain, à peu près à cette heure-ci, je reviendrai à l’abbaye, et je vous expliquerai ce que je veux dire, si vous ne l’avez pas déjà compris. En attendant, consultez-vous vous-même; examinez jusqu’à quel point vous êtes en état de tenir votre résolution, et soyez prêt à accepter la proposition que j’ai à vous faire, ou à déclarer que vous ne voulez pas.» La Motte fit quelques réponses embarrassées. «Adieu jusqu’à demain, dit le marquis; rappelez-vous que l’opulence et la liberté sont actuellement devant vous.» Il s’approcha de l’abbaye, monta à cheval, et s’éloigna avec les gens de sa suite. La Motte retourna tristement chez lui, en ruminant sur leur dernière conversation.


CHAPITRE IX.

Le marquis fut ponctuel. La Motte le reçut à la porte; mais il refusa d’entrer, en disant qu’il aimait mieux se promener dans la forêt. C’est pourquoi La Motte l’y accompagna. Après une conversation générale: «Eh bien, dit le marquis, avez-vous réfléchi à ce que je vous ai dit, et vous déciderez-vous bientôt?»

«Oui, monsieur, et je serai bientôt déterminé, quand il vous plaira de vous expliquer plus amplement. Jusqu’alors je ne puis prendre aucune résolution.»

Le marquis parut mécontent, et garda quelque temps le silence. Reprenant ensuite la parole: «Est-il bien possible, ajouta-t-il, que vous ne m’ayez pas compris? C’est ignorance affectée de votre part. La Motte, soyez franc; ai-je besoin de vous en dire davantage?»

«Oui, monsieur, répondit La Motte avec chaleur; si vous craignez de vous confier à moi, comment puis-je pleinement remplir vos vues?»

«Avant d’aller plus loin, dit le marquis, faites-moi serment que vous garderez le secret. Mais cela est presque inutile, car, quand votre parole d’honneur me paraîtrait suspecte, le souvenir d’une certaine affaire vous démontrerait la nécessité d’être vous-même aussi circonspect que vous voudriez que je fusse.» Il y eut alors un intervalle de silence, pendant lequel le marquis et La Motte laissèrent paraître quelques signes de confusion; après quoi le premier reprit ainsi: «La Motte, je vous ai donné assez de preuves de ma générosité, les services que vous m’avez rendus au sujet d’Adeline n’ont pas été sans récompense.»

«—Cela est vrai, monsieur, j’en conviens, et je suis fâché qu’il n’ait pas été en mon pouvoir de vous servir plus efficacement. Je suis prêt à seconder les autres desseins que vous pouvez avoir sur elle.»