J'étais encore pleine de préjugés et je rougis.

—Hahahaha! Vous rougissez? C'est signe que vous êtes amoureuse de la petite. Même si je n'avais pas vu votre visage, je l'aurais deviné, quand vous lui avez donné l'argent et quand vous lui avez dit que vous vouliez la prendre chez vous. Trois mois sont vite passés, et je pense bien que la petite préférera venir chez vous que de retourner en prison. Son envie de se faire fouetter, vous pouvez tout aussi bien l'assouvir. Peut-être qu'elle préférera les verges au fouet, tous les goûts sont dans la nature, tous, vous pouvez m'en croire, et celui-là n'est déjà pas si sot.

—Ne serait-ce pas possible de l'avoir plus tôt? demandai-je.

—C'est difficile. Elle doit terminer sa peine. Cela ne dépend pas de M. de F... de la libérer ou non, bien qu'il soit très influent. Pourtant, je veux essayer de lui en parler.

—Ne lui dites pas mon nom. Il pourrait soupçonner quelque chose.

—Soyez sans crainte, mon offre ne l'étonnera pas du tout. Il y a assez de dames en ville qui font comme les hommes et qui ont des amants des deux sexes. Je lui dirai que c'est pour moi. Non, il ne voudrait pas. Je dirai que c'est une étrangère qui cherche une fille se laissant volontairement tourmenter et que je n'en connais pas d'autre que Rose. Pourtant vous ne devrez pas l'avoir chez vous les premiers jours. Ensuite je dirai que la dame a quitté Budapest et que, par humanité, je vous ai recommandé Rose comme femme de chambre.

—Mais le croira-t-il?

—Et pourquoi pas? J'ai une bonne langue. Avant tout, il faut beaucoup d'argent pour le corrompre.

—Combien? demandai-je effrayée, car Nina m'avait mise en garde contre son avidité.—Combien pensez-vous?

—Hou, peut-être cent florins, peut-être plus, je ne sais pas.