Une Compagnie constituée par actions, un État, une Ville, peuvent avoir besoin de faire un emprunt. S’ils offrent des garanties (propriétés, matériel, capital action de la Société, etc.), ils émettent des obligations, c’est-à-dire des titres donnant droit à un intérêt fixe, mais ne participant ni aux bénéfices ni aux pertes. Pour exciter les souscripteurs, on offre souvent des lots aux premiers numéros qui sortent à chaque tirage. Les autres obligations sont remboursées au taux d’émission, à des époques déterminées. Le placement en obligations est toujours plus sûr que le placement en actions ; ce dernier peut être plus avantageux, mais il y a des risques à courir que l’on évitera en surveillant la marche de l’entreprise.

Les actions et les obligations se négocient à la Bourse, comme les rentes sur l’État, par l’intermédiaire des agents de change. Les frais de courtage sont généralement les mêmes que dans le cas précédent. Les établissements de crédit où peuvent se faire toutes les opérations, — ventes et achats de titres, payements de coupons, etc. — sont nombreux en France. Il n’est point de petite ville qui ne possède le sien. Il y a lieu de s’enquérir de l’honorabilité de la maison avant de s’y adresser. Des banquiers malhonnêtes ont jeté un discrédit sur la corporation ; mais un grand nombre de ces hommes d’affaires et de ces Sociétés de crédit traitent les affaires avec assez de loyauté pour être au-dessus de tout soupçon. Il s’agit de ne point se tromper d’adresse, d’éviter de s’emballer et de s’assurer avant tout du bon renom, loyalement acquis, de la maison avec laquelle on opère. Sachez ce que vous désirez avant d’acheter une valeur quelconque ; prenez des références auprès d’amis sûrs, pondérés, sérieux et évitez de vous laisser prendre à acquérir, sans renseignements précis et étude approfondie, une valeur, quelle qu’elle soit. Toutes les valeurs sont bonnes pour qui les vante et pour qui trouve un avantage considérable à cela : même les plus mauvaises et qui n’ont d’autre valeur que la valeur matérielle du papier. Vous ne pouvez pas, sans courir un grand danger, vous exposer à acheter une action sur une industrie, sur une exploitation, sans avoir au moins entendu quelque connaisseur vous parler de cette industrie ou de cette exploitation, sans avoir lu sur des journaux sérieux, non intéressés à l’une ou à l’autre affaire, des relations documentées sur leur fonctionnement. Il s’est trouvé, en ces temps derniers, des hommes d’affaires qui n’ont pas craint de lancer des émissions sur des entreprises qui n’existaient pas et qu’à dessein, ils plaçaient en des régions lointaines. Des journaux cependant entretenaient leurs lecteurs des succès toujours croissants de ces entreprises, mais il était facile de deviner que c’étaient des feuilles intéressées à le faire, créées même uniquement pour cet objet. Il faut se défier des louanges sans mesure comme des entreprises que nous ne pouvons visiter. Pourquoi ne point confier plutôt vos économies à des industries françaises, dont vous pouvez entendre parler par des gens qui auront contrôlé leur valeur ? Parce qu’elles servent un intérêt moins élevé, dites-vous ? Eh ! prenez-vous pour rien la sécurité de votre placement ? Ne vaut-il pas mieux toucher un intérêt moindre et ne pas risquer de ne plus retrouver son capital ? Et puis, c’est une affaire de patriotisme. Si vous faites prospérer l’industrie française, vous enrichirez votre pays ; vous serez enrichis par là même. L’industrie, prospérant, nécessitera un plus grand nombre d’ouvriers ; il faudra une production de matières premières plus considérable ; le commerce marchera et chaque Français y trouvera son avantage et un avantage inappréciable à tous les points de vue.

Ne donnez point votre argent au premier venu, quel que soit le langage alléchant qu’il vous tienne. A bon vin pas d’enseigne. Sachez discerner et deviner si vous avez affaire à un honnête homme ou à l’un de ces personnages dont l’unique industrie consiste à vider les porte-monnaies… des petits capitalistes surtout. L’expérience prouve qu’il est nécessaire d’agir avec une grande prudence et de ne livrer ses fonds qu’autant qu’on s’est assuré de sérieuses garanties. Les moyens pour en arriver à ce résultat ne manquent pas. Il est encore d’honnêtes gens en notre beau pays de France, et nous devrions précisément encourager et aider les hommes d’affaires qui travaillent avec la même ardeur dans l’intérêt de leurs clients que dans leur intérêt propre.

On a vu, en ces temps derniers, des banquiers ou soi-disant tels, dilapider les fonds qui leur étaient confiés. N’était-il point évident, pour un esprit avisé, qu’il ne pouvait en être autrement ? Quand un homme fait des dépenses exagérées, qu’il se prodigue en promesses fallacieuses, en discours intéressés, en réclames coûteuses, peut-il réellement inspirer la confiance au capitaliste sérieux qui exige plutôt, pour sa sécurité personnelle, une garantie sûre et indéniable ? Les superbes discours n’ont, pour ce dernier, aucune valeur. Il ne s’y arrête même pas. Ce qu’il lui faut et qui lui suffit, c’est l’assurance que les capitaux qu’on lui demande d’engager ne seront pas perdus ; et il ne se trompe pas souvent, parce qu’il est froid, réfléchi, réfractaire à l’emballement, et à la séduction que peut exercer sur lui un adroit banquier.

Les valeurs s’achètent et se vendent au comptant : c’est, du reste, le procédé le plus logique. Il y a aussi les marchés à terme, ainsi appelés parce que la livraison des valeurs n’a jamais lieu qu’à une époque plus ou moins éloignée de celle du marché. Les opérations au comptant sont sérieuses, car elles obligent et le vendeur et l’acheteur. Il n’en est pas de même des opérations à terme, qui ne sont, le plus souvent, qu’une simple spéculation. Ainsi on achète et on vend sans nulle intention de payer ou de livrer, mais simplement parce qu’on espère réaliser un bénéfice par suite de la fluctuation du cours, excepté pour le marché ferme qui oblige le vendeur et l’acheteur, comme le marché au comptant.


Ne vous laissez pas prendre à une combinaison qui peut figurer sur les journaux et qui consiste dans la vente de la participation aux tirages de quelques valeurs à lots, moyennant un faible versement mensuel. Il arrive que le grand nombre des lots annoncés, formant invariablement des millions au total, peut tenter même les gens les plus sérieux. Mais en raisonnant quelque peu, vous vous apercevrez bien que le nombre des participants à un lot qui aurait chance de sortir, est très grand, de sorte qu’en divisant le lot, si important soit-il, par le nombre des participants, la partie du lot qui vous sera servie, devra être, naturellement, très faible. Du reste, le banquier peut faire à chaque participant la part qu’il voudra, puisque les souscripteurs ne se connaissent pas entre eux et ne savent pas d’une façon exacte combien ils seront à se partager le lot. Enfin, cette combinaison est illégale : son rôle est surtout d’enrichir celui qui l’exploite au détriment de ceux qui manquent d’assez de circonspection pour n’y pas découvrir un trompe-l’œil.


Ne donnez jamais une somme quelconque à un inconnu, même contre reçu. Ce reçu pourrait être faux et il ne vous servirait à rien. Il passe quelquefois dans les villages et dans les villes de ces escrocs qui se disent représentants d’une maison de commerce plus ou moins importante et qui vous demandent si vous avez l’intention d’acquérir un objet quelconque, de verser un acompte, comme c’est l’usage de leur maison. Cet acompte est leur profit et l’objet que vous convoitez ne vous parvient jamais.

N’apposez jamais votre signature sur une feuille blanche qui vous est présentée. Savez-vous ce qu’on écrira au-dessus ? Ne signez pas davantage un contrat quelconque dont vous n’aurez pas compris parfaitement tous les termes. Certaines affaires — surtout celles qui paraissent très pressées à celui qui veut les traiter avec vous — demandent beaucoup de réflexion. Demandez un délai pour vous documenter ; il sera toujours temps de traiter votre affaire, si elle est loyale et si vous y trouvez l’avantage que vous recherchez. Combien de personnes ont été ainsi trompées, pour avoir trop précipitamment cédé aux instances d’un monsieur qui ne trouvait aucun inconvénient à faire signer tel contrat, à faire verser une somme quelquefois rondelette. Évidemment, il n’existait nul inconvénient pour lui, mais il n’en était pas de même de son client qui, plusieurs jours après, mais trop tard, pouvait se rendre parfaitement compte de l’escroquerie dont il avait été victime. Remarquez en passant que ces escrocs ont souvent une mise aussi impeccable qu’élégante, et que vous craindriez peut-être, en leur résistant, de froisser des personnages importants : n’ayez point cette crainte. Les apparences sont souvent trompeuses et c’est précisément le bel habit qui joue, en ce cas, le plus grand rôle.