Si le mari va au café, il dépense quelque argent, pendant que sa femme, seule à la maison, s’ennuie et s’ingénie quelquefois, mais avec peu de succès le plus souvent, à réparer la perte subie.

Tout ouvrier véritablement désireux de s’enrichir, agira bien mieux en remplaçant ces stations coûteuses dans les cabarets par une promenade hygiénique qui n’entraînera aucun frais. A la campagne, les promenades sont toujours agréables. On visite les bois, les marais, les monts, les vallées, la plaine ; on observe la nature qui nous sourit et qui nous révèle toujours de nouveaux secrets ; et l’on rentre le soir, à la maison, les poumons remplis d’un air pur, le teint coloré, le sang rajeuni et l’esprit quiet. S’il y a des enfants, ils profitent grandement de ces exercices au grand air ; leur santé s’en améliore et leurs mœurs s’adoucissent à la vue des belles choses que recèle la nature et que bien des gens n’apprécient pas comme il conviendrait.

A la ville, ces promenades sont plus variées et plus utiles, surtout pour l’ouvrier qui respire chez lui ou dans les manufactures un air presque toujours vicié. Sur les boulevards, ombragés d’arbres superbes aux rameaux feuillus qui déversent à foison l’oxygène si bienfaisant pour les poumons, que d’agréments l’ouvrier et sa famille peuvent goûter ? Ils font pour une semaine leur provision d’air pur et trouvent la gaieté et la diversité à chaque pas.

Ces distractions innocentes ne sont-elles point préférables à d’autres qui seraient coûteuses et qui ne laissent point souvent un bon souvenir ?

Quand il faut rester à la maison pour une cause quelconque, il y a la lecture. Partout existent maintenant des bibliothèques bien garnies, et gratuitement tous les ouvriers sont à même de s’enrichir l’esprit par des ouvrages de science, d’histoire, de géographie, etc., par les romans et les œuvres des maîtres de la littérature. C’est là une suprême joie qui donne la faculté à l’ouvrier de s’instruire sans bourse délier, au lieu de courir s’amuser dans les lieux d’où l’on ne sort point sans laisser un peu de sa monnaie.

Avez-vous du goût pour le théâtre ? Pourquoi vous installer quelques heures devant une scène d’où surgiront des artistes qui vous diront ce que vous pourrez lire à tête reposée dans la bibliothèque de votre quartier ?

Aimez-vous la musique ? Allez sur la place publique le dimanche, vous y entendrez un concert ; courez — dans les villes — dans les jardins publics, les morceaux des maîtres, joués par une musique militaire de premier ordre, caresseront vos oreilles. Vous jouirez de tous ces plaisirs gratuitement. Comparez ensuite vos joies à celles de votre voisin qui aura passé son dimanche, assis devant la table d’un café, au milieu du bruit de voix des consommateurs et humant à pleine poitrine l’air empesté de la fumée bleuâtre des cigares et des cigarettes, qui irrite les organes respiratoires et les prédispose à une inflammation gênante et douloureuse.

Vous aurez, le soir, le cerveau rempli de bonnes pensées, de souvenirs agréables, de vos lectures, de vos promenades ; une sensation de bonheur et de bien-être aura été laissée en vous par les impressions saines, ressenties dans vos diverses distractions du jour ; votre voisin éprouvera de la lassitude et du dégoût. La congestion passagère de son cerveau, qui sera le fruit recueilli dans une atmosphère malsaine, s’opposera à son parfait contentement. Le lendemain, il se sentira la tête encore alourdie des excès de la veille, mais la bourse allégée des quelques francs dépensés. Rien ne sera à son profit. Engagez-le à rompre avec cette mauvaise habitude et à vous imiter ; sûrement il ne tardera pas à vous en être reconnaissant.

N’attachez pas trop d’importance à la toilette. Des vêtements propres, vous habillant décemment, vous seront suffisants. Les modifications de la mode sont si fréquentes qu’elles ne peuvent être suivies que par les personnes riches, en état de faire d’importantes dépenses sans faire un vide bien sérieux dans leur coffre-fort. On n’estime point, en général, les ouvriers et les ouvrières qui portent une toilette trop recherchée : la simplicité dans l’habillement est encore ce qu’on loue avec le plus de chaleur et de raison, du reste. Que signifient ces rubans, ces garnitures, répandus à profusion sur les vêtements féminins ? Ce ne sont point eux qui ont le pouvoir de donner des charmes à une personne quelconque. La correction dans l’ajustement, la perfection dans la coupe qui dessine bien les différentes parties du corps, l’élégance sans recherche dans l’exécution de la robe, du corsage, du manteau, etc. sont de nature à accuser plus parfaitement la grâce naturelle de la femme. Il n’est guère besoin que des modes originales et hardies s’entremettent ici pour détruire l’harmonie du corps humain, et posent sur une tête émergeant d’un corps fluet et enserré dans une robe collante, un chapeau aux dimensions gigantesques où pourraient prendre place, sans qu’il soit besoin d’exercer de compression, un quarteron d’œufs de poule. Nous parlons évidemment plutôt de la toilette féminine, cause de grosses dépenses quand on n’y prend point garde, que des vêtements masculins qui, en général, sont achetés avec économie et renouvelés seulement quand besoin est.

Ne dépensons donc pas trop pour la toilette ; nous ne serons point enviés ; on nous louera de notre modestie et notre argent nous restera.