Et M. de Margival, qui permettait bien à sa fille d'être, çà et là, fantasque et volontaire, reprit despotiquement son autorité par la force du raisonnement.
M. de Xaintrailles, déjà allié à sa famille, était second secrétaire d'ambassade à Saint-Pétersbourg. Il était question de le nommer premier secrétaire à Rome ou à Vienne.
Il n'était pas jeune, mais il possédait un demi-million; il avait de la figure et de l'esprit; on ne pouvait donc pas trouver un mari plus à point pour une héritière qui n'avait qu'une demi-fortune.
Mlle de Margival évoqua l'image de Georges du Quesnoy. Elle le trouvait charmant, mais il était si jeune qu'elle ne pouvait songer à devenir sa femme avant quelques années. Et puis il n'avait ni fortune ni position. Or elle voulait faire bonne figure dans le monde. «Et pourtant je crois que je l'aime,» murmura-t-elle.
Valentine n'était pas précisément de la nature des anges. Née pour la terre, elle avait un peu trop le souci des choses de la terre. Toute jeune, elle avait vu son père pris aux difficultés de toutes sortes parce qu'il se défendait contre les batailles du luxe avec une très-médiocre fortune. Quoiqu'il adorât sa fille, il discutait beaucoup avant de lui donner une robe nouvelle. Valentine aimait le superflu, mais c'était un amour des plus platoniques. Chaque jour elle s'indignait contre l'argent. Mignon cherchait son pays; le pays de Valentine, c'était le luxe.
Et voici comment ces jolies bucoliques furent frappées d'un coup de vent à leur première aurore, sans quoi nous aurions peut-être retrouvé dans le monde moderne les amours pastorales de Daphnis et Chloé.
X
L'AMOUR QUI RAISONNE
Valentine était romanesque. Tout en pleurant elle-même son rêve évanoui, elle songea avec une douce volupté à toutes les larmes que répandrait Georges du Quesnoy. Ne pas aimer dans le mariage, mais savourer les larmes de l'amour, n'est-ce pas déjà une consolation! Il était doux à Mlle de Margival de penser que l'adoration de Georges du Quesnoy la suivrait partout; il lui était même doux de penser qu'il ne pourrait être heureux sans elle. «Qui sait, dit-elle avec un sourire amer, si l'amour n'est pas l'impossible? qui sait si l'amour n'est pas un regret?»
Depuis qu'elle lisait des romans, Valentine voyait que tout finissait mal; depuis qu'elle allait dans le monde, elle s'apercevait que les gens mariés n'étaient pas amoureux. Les romanciers lui avaient appris que le roman de l'amour n'a qu'un beau commencement. N'avait-elle pas eu ce beau commencement?