«Non, dit-elle, ce n'était que le commencement du commencement.»

Un soir, en attendant M. de Xaintrailles, elle repassa les avenues du parc où Georges du Quesnoy avait semé tant de souvenirs. Pourquoi ne vint-il pas ce soir-là?

Elle se rappela le jour où, lui disant adieu, elle avait penché ingénument son front, toute perdue dans ses rêves.

Il l'avait prise dans ses bras avec un sentiment d'adoration sans songer non plus qu'elle à mal faire. Elle s'était envolée comme un oiseau qui a peur d'être attrapé. Mais elle ne s'était pas envolée bien loin et il ne l'avait pas poursuivie. C'était les amours de l'âge d'or.

A ce charmant souvenir elle ne put s'empêcher de lui en vouloir.
«Pourquoi, dit-elle, ne m'a-t-il pas gardée sur son coeur?»

Elle avait peut-être raison: ce sont les hommes qui font la destinée des femmes. Puisque Georges du Quesnoy l'aimait ardemment, profondément, violemment, n'avait-il pas le droit, en vertu des lois de la nature qui sont quelquefois les lois de Dieu de prendre son bien où il le trouvait, car, puisque Valentine l'aimait, c'était son bien. Si le coeur de Valentine avait battu une minute de plus sur le coeur de Georges, elle n'eût pas si légèrement sacrifié son premier amour qui fut son unique amour.

Certes, je ne veux pas faire le moraliste à rebours; nul plus que moi n'a le souci des grands devoirs de la vie, mais nul plus que moi ne hait les préjugés. Il est des jours où le grand chemin de la vie c'est le chemin de traverse.

Le lendemain Mlle de Margival résista encore à son père avec toutes les mutineries d'un enfant gâté. «Que veux-tu que j'aille faire avec ce M. de Xaintrailles?

—Ma chère Valentine, quand on porte le nom de Margival, on ne peut pas se mésallier. Aimerais-tu mieux épouser un homme qui n'eût ni titre ni nom?

—Peut-être, s'il était jeune comme moi.