X. [Note 19: Les pays habités par les Serbes sont en général si montueux et si boisés, qu'ils distinguent mal les idées de montagne et de forêt, exprimées à peu près indifféremment toutes deux par les mots gora et planina, mons saltosus.]
X. [Note 20: Aventures, tchetovanié. Ce mot s'applique, par exemple, aux pillages, ou razzias, commis réciproquement par les bandes montenégrines et turques sur le territoire ennemi. Ces bandes s'appellent tchétas.]
XI. [Note 21: La sainte montagne (sveta gora) est le mont Athos, couvert, comme on sait, de couvents fondés par les différentes nations du rit oriental. Celui de Vilindar, qui appartient encore aujourd'hui aux Serbes, a été commencé en 1197, par Stefan Nemania.]
XII. [Note 22: Les Tziganes (Bohémiens) sont nombreux en Serbie. Leur nom est la plus méprisante insulte que l'on puisse adresser à quelqu'un. Ce qui n'est nullement à mépriser, c'est la beauté de leurs femmes, ou plutôt des jeunes filles, leur musique sauvage et monotone ne manque pas d'un charme étrange, et que les Magyars en particulier sentent vivement.]
III
LES HAÏDOUKS
NOTICE
J'ai choisi parmi les pesmas qui concernent les haïdouks, non seulement les plus intéressantes, mais celles aussi qui sont les plus propres à faire connaître leur genre de vie, leurs mœurs et l'esprit du métier, on pourrait presque dire de l'institution. Ainsi on les verra déserter leurs familles et leurs demeures, et s'enfuir dans les montagnes, pour échapper aux vexations des Turcs; faire leur coup prudemment (on pourrait employer un autre mot) à l'abri des arbres ou des rochers; venir au secours de leurs compatriotes opprimés (que d'ailleurs ils ne se faisaient pas faute de piller, surtout dans les derniers temps); se rassembler vers la Saint-Georges, «alors que la forêt s'est revêtue de feuilles et la terre d'herbe et de fleurs, et que les loups hurlent dans la montagne;» se séparer à la fin de l'automne pour regagner leurs quartiers d'hiver, tirer vengeance des yataks ou recéleurs qui ont trahi et livré leurs compagnons; boire toujours «du vin dans la verte forêt,» et s'étudier à mourir dans les tourments sans se plaindre. Pour faire mieux connaître encore cette dangereuse confraternité, j'ajouterai quelques détails empruntés à M. Vouk (Dictionnaire serbe, au mot HAIDOUK)
«Notre nation, dit cet écrivain, est persuadée—et elle exprime cette croyance dans ses chants—que l'existence des haïdouks a été le résultat de la violence et des injustices des Turcs. Admettons que quelques-uns d'entre eux le soient devenus sans y être contraints par la nécessité, poussés par le désir de porter des habits et un équipement à leur convenance ou d'exercer une vengeance particulière, il n'en est pas moins hors de doute que plus le pouvoir ottoman a été doux et humain, moins il y a eu de haïdouks, et plus il s'est montré inique et cruel, plus leur nombre a été grand, et de là vient qu'il y a eu parfois parmi eux des gens fort honorables et même, à l'origine de la domination turque, on a compté dans leurs rangs des seigneurs et des gentilshommes de distinction.
Il est vrai que beaucoup ne se font point haïdouks dans l'intention de faire le mal, mais quand une fois un homme, surtout sans éducation, se sépare de la société et s'affranchit de toute autorité, il est bientôt entraîné par la contagion de l'exemple, c'est ainsi que les haïdouks font du mal à leurs compatriotes qui les aiment en comparaison des Turcs et les plaignent, et c'est encore aujourd'hui faire à un haïdouk la plus grande injure et le plus mortel outrage, que de le traiter de lepov et de pèrjibaba (bandit et chauffeur).