Le costume des haïdouks de notre temps en Serbie se composait généralement de culottes de drap bleu, de bas et de sandales (opantzi), d'un gilet et d'une veste aussi de drap, quelques-uns même portaient un dolama (longue tunique sans manches), vert ou bleu, et par-dessus le tout, un manteau. Pour coiffure, ils avaient ou un bonnet conique, ou le fez, ou les bonnets de soie nommés kitienkas, garnis de houppes qui leur pendaient d'un côté sur l'épaule et qui étaient presque exclusivement à leur usage. Ils aimaient surtout à porter sur la poitrine une espèce de plastron (toka) en argent, et ceux qui n'avaient pas le moyen de s'en procurer le remplaçaient par de larges monnaies d'argent. En fait d'armes, ils avaient chacun un long fusil, deux pistolets et un grand couteau.
«Sous la domination ottomane, il y avait en Serbie, presque dans chaque district, un officier turc nommé boulioubacha, ayant sous ses ordres un certain nombre de pandours serbes et turcs, et chargés de poursuivre les haïdouks[A]. Quelquefois, lorsque ceux-ci se montraient en grand nombre et commettaient des meurtres et des vols fréquents, les Turcs mettaient toute la population sur pied pour leur donner la chasse. Quand la battue n'avait point de résultat, les Turcs avaient recours au teftich, c'est-à-dire que quelque fonctionnaire se mettait à parcourir le pays avec un nombre d'hommes assez considérable, et qu'au moyen de la prison, des coups et d'amendes, il contraignait les kmètes (chefs des villages) et les parents des haïdouks à chercher les recéleurs et à capturer les haïdouks eux-mêmes; mais hors le cas de teftich, les parents des haïdouks aussi bien que leurs femmes et leurs enfants n'étaient inquiétés par personne, et vivaient au contraire en paix dans leurs maisons.
[Note A: Ce mode de battue s'est conservé dans la Principauté dont les lois pénales ont un caractère de sévérité draconienne. Dès que l'autorité a connaissance d'un haïdouk, ce qui signifie plus qu'un bandit ordinaire, elle convoque, exactement comme quand il s'agit d'un loup, les paysans de la localité, quelquefois en très-grand nombre, qui, sous le commandement du natchalnik ou du capitaine du district, procèdent à la battue (haika). Si le haïdouk, à la première sommation, refuse de mettre bas les armes et de se rendre, on tire dessus immédiatement.]
Lorsqu'un haïdouk se lasse du métier, il se rend, c'est-à-dire qu'il mande aux kmètes de lui obtenir du pacha une lettre de pardon (bourountia), après quoi il reparaît en public, et personne dès lors n'oserait parler en sa présence de ce qu'il a fait étant haïdouk. Dans cette situation, ils deviennent le plus souvent pandours, car ils ont perdu l'habitude des travaux agricoles, il n'y a du reste que les fonctions de kmète qu'ils ne puissent pas remplir.
«Les haïdouks ont de la religion, ils jeûnent et prient Dieu comme tout le monde, et quand les Turcs en conduisent quelqu'un au pal, et qu'on lui offre la vie sauve s'il consent à se faire musulman, pour réponse il injurie Mahomet, en ajoutant. «Bah! est-ce qu'après tout il ne faut pas mourir!»
«Ils se regardent tous comme de grands héros, aussi ne se fait guère haïdouk que celui qui peut compter sur soi même. Quand ils sont pris et qu'on les conduit au supplice, ils chantent à pleine tête pour montrer qu'ils font peu de cas de la vie.»
J'ajoute que cet article, écrit il y a près de quarante ans (en 1818), bien que parfois mis au présent, était dès lors de l'histoire.