D'une voix douce alors lui dirent les filles: «O Militza, notre compagne, es-tu donc folle, ou sage par-dessus toutes, que tu as les yeux fixés sur l'herbe verte, et ne les lèves point avec nous vers le ciel, où les éclairs sillonnent les nues?» Mais la jeune Militza leur répond: «Je ne suis ni folle, ni sage par-dessus toutes: je ne suis point non plus la Vila, qui rassemble les nuages, mais une fille, qui regarde devant soi.»
III
UNE BEAUTÉ SERBE[1].
Devant la maison se dansait un merveilleux kolo, ayant pour chef la sœur de Stoïan: et quelle beauté c'est, que Dieu l'en punisse! elle est plus belle que la blanche Vila, ses yeux sont deux pierres précieuses, ses joues deux roses vermeilles, ses sourcils des sangsues marines, ses cils, des ailes d'hirondelle, ses blanches dents sont deux rangées de perles; elle est mince comme un rameau et grande comme un sapin; quand elle danse, on dirait d'un paon qui marche, quand elle parle, c'est comme un pigeon qui roucoule, et quand elle sourit, il semble que le soleil brille…
[Note 1: Extrait d'une pièce héroïque (t. III, n° 35).]
IV
O fillette, ô Miléva, assieds-toi à mon côté. Nous ne sommes point des sauvages, et nous savons où l'on embrasse: les veuves entre les yeux, et les fillettes entre les seins.
V
Ma compagne, sœur de mon bien-aimé, salue ton frère, et pour moi embrasse-le, demande-lui pourquoi il est fâché contre moi.— Et après tout, de lui il me soucie peu: il y a encore assez de forêts debout[1], et de jeunes messieurs sans amoureuse. L'or trouvera bien un orfèvre, et (l'amant) qui m'est destiné m'arrivera.
[Note 1: Nésétchèn, non coupées; c'est-à-dire: où ceux qui ont besoin de bois en trouveront.]