VI

Oh! dans les longues nuits, qui n'a point d'yeux noirs à baiser, le sommeil ne lui tombe point sur les yeux, mais le chagrin lui tombe dans le cœur.

VII

O fillette, or de ta mère, est-ce que l'on te bat, est-ce que l'on te gronde? Si je savais, ma chère âme, qu'on te bat et qu'on te gronde, à cause de mes fréquentes visites, plus souvent (encore) j'irais te visiter, peut-être ta mère te chasserait-elle, te chasserait-elle vers ma blanche maison.

VIII

Deux fleurs croissaient dans le jardin, un narcisse et une jacinthe bleue. Le narcisse[1] part pour Doliana, et seule dans le jardin reste la jacinthe bleue. Le narcisse mande de Doliana: «Mon âme, jacinthe du jardin, comment te trouves-tu dans le jardin toute seule?» Du jardin répond la jacinthe: «Tout grand qu'est le ciel, fût-il une feuille de papier, toute grande qu'est la forêt, fût-elle de qalams[2], toute vaste qu'est la mer, fût-elle d'encre, et dussé-je écrire durant trois ans tout le jour, je ne retracerais pas mon chagrin.»

[Note 1: Pour conserver la vérité poétique, il a fallu, dans la traduction, transposer les noms des deux fleurs, car, en serbe, le mot (zéléna kada) qui signifie narcisse est du féminin, et réciproquement pour le nom de la jacinthe (zoumboul), qui est du masculin.]

[Note 2: Roseaux à écrire]

IX

L'aube blanchit, les coqs chantent, laisse, mon âme, laisse-moi partir.— Ce n'est point l'aube, mais c'est la lune, repose encore, mon agneau, près de moi.—