Les vaches meuglent autour de la maison,
laisse, mon âme, laisse-moi partir.—
Ce n'est point les vaches (qu'on entend), mais l'appel à la prière,
repose encore, mon agneau, près de moi.—

Les Turcs appellent à la mosquée,
laisse, mon âme, laisse-moi partir.—
Ce ne sont point les Turcs, mais les loups,
repose encore, mon agneau, près de moi.—

Les enfants crient devant la maison,
laisse, mon âme, laisse-moi partir.—
Il n'y a point d'enfants devant la maison,
repose encore, mon agneau, près de moi.

Ma mère m'appelle sur la porte, laisse, mon âme, laisse-moi partir.— Ta mère n'est point sur la porte, repose encore, mon agneau, près de moi.

X

J'ai planté des roses dans Noviçad. O petite rose, ô (cause de) mon chagrin, je ne te cueille point, je ne te donne point à mon amant, car mon amant s'est fâché contre moi, il passe à côté de ma maison, comme un esclave auprès d'un tombeau turc[1].

[Note 1: C'est-à-dire d'un air de mépris.]

XI

LA FEMME DU PETIT RADOÏTZA.

Une blanche Vila du milieu de la forêt s'écrie: «Petit village, pourquoi es-tu si triste? pourquoi les danses ont-elles cessé?» Et une autre Vila lui répond: «Tais-toi, Vila, que ton gosier soit malade! Comment veux-tu qu'on soit gai, quand le petit Radoïtza est mort, celui qui conduisait les kolos? Il a laissé une épouse en deuil, il a laissé une jeune orpheline, bien jeune, de quarante jours, et il a recommandé l'enfant à sa femme: —Mon épouse, si tu ne veux être maudite, ne te remarie point de trois ans, jusqu'à ce que mon orpheline ait grandi.»