XIII

LA FEMME D'IOVO MORNIAKOVITCH.

La belle Ikonia se vantait au bain parmi les filles: «Il n'y en a pas une seconde qui ait trouvé un mari tel qu'est le mien, Iovo Morniakovitch: où qu'il aille, il me conduit par la main, où qu'il s'asseye, sur ses genoux il me place; quand il jure, ce n'est que par mon nom; quand je dors en haut dans le tchardak, il marche doucement de peur de m'éveiller; et pour m'éveiller, il me baise au visage: debout, mon cœur (dit-il), le soleil est levé!»—

Quand Anna la veuve eut ouï ce discours, elle se para de ses plus beaux atours, se mit du blanc et du rouge, et farda ses sourcils délicats; puis elle sortit par la porte de la cour au-devant d'Iovo qui revenait du bazar: «Par Dieu! Iovo Morniakovitch, lui dit-elle, qu'as-tu à faire d'une épouse stérile? mais prends-moi, moi qui suis veuve, je te donnerai chaque année un fils aux mains et aux cheveux dorés[1].»—

Iovo par Anna se laissa séduire, il la prit pour sa fidèle épouse; et elle lui donna chaque année un fils aux mains et aux cheveux dorés. Quand la belle Ikonia le sut, vite elle courut au nouveau bazar, et acheta des cordons de soie, puis dans le jardin elle se pendit à un jaune oranger. La nouvelle vint à Iovo Morniakovitch: «La belle Ikonia s'est pendue.»— «Qu'elle se pende, j'en ai une plus belle.»

[Note 1: L'expression de zlatna, dorée, appliquée aux mains, indique, paraît-il, la vigueur.]

XIV

Une fille était au pied de la montagne, de son visage toute la montagne était illuminée, et elle se mit à parler à son visage: «O mon visage, ô mon souci, si je savais, mon blanc visage, qu'un vieux mari dût le baiser, j'irais dans la verte montagne, j'en cueillerais toute l'absinthe, et de l'absinthe j'exprimerais le suc, pour t'en laver, mon visage, afin, quand le vieillard te baiserait, qu'il en sentît l'amertume.

«Mais si je savais, mon blanc visage, qu'un jeune mari dût te baiser, j'irais dans le vert jardin, j'en cueillerais toutes les roses, et des roses j'exprimerais le suc, pour t'en laver, mon visage, afin, quand le jeune homme te baiserait, de l'embaumer.»

XV