Quand le moment du baptême arriva,
le parrain demanda à la vieille mère:
«Quel nom donnerons-nous à l'enfançon?»
La vieille mère irritée répondit:
«Appelle-la Agnès, puisse le diable l'emporter!»

Agnès devint svelte et grande, blanche et rose de visage, et quand on fut pour la marier, elle prit un seau et alla vers la fontaine. Mais une fois dans la verte forêt, voici la Vila qui du bois lui crie: «Entends-tu, Agnès, la très-belle! jette ton seau dans l'herbe verte et viens vers moi dans la forêt, car ta mère à nous t'a donnée[1], encore petit enfant qu'on porte sur les bras.»

A ces mots, Agnès, la fille unique, jette son seau dans l'herbe verte, et s'enfonce dans la forêt. Après elle court sa vieille mère: «Reviens au logis, Agnès, mon unique fille.» Mais la jeune fille lui répond: «Va-t'en, toi qui as renié Dieu, en m'abandonnant (au démon), encore petit enfant qu'on porte sur les bras.»

[Note 1: C'est le seul exemple que j'aie rencontré de cette assimilation entre les Vilas et les mauvais esprits reconnus par le dogme chrétien.]

LVIII

Le jeune Iovo se promenait dans le tchardak, quand sous lui le tchardak se rompit et il eut le bras droit brisé. Vite il se trouva un médecin, un médecin, la Vila de la montagne, mais qui demandait beaucoup pour la cure: à la mère (elle demandait), sa main droite; à la sœur, ses cheveux avec le ruban (qui les maintient); et à l'épouse, un collier de perles.

La mère donna sa main droite, la sœur, ses cheveux avec le ruban; mais l'épouse refusa le collier: «Je ne donne point, par Dieu, mes blanches perles, je les ai apportées de chez mon père[1].»

La Vila de la montagne s'en irrite, elle empoisonne la nourriture d'Iovo, et Iovo meurt. Oh! désespoir pour sa mère! Les trois femmes[2] se lamentaient, l'une gémissait sans fin ni trêve, l'autre le soir et le matin, la troisième quand il lui venait à l'esprit. Celle qui gémissait sans fin ni trêve, c'était la pauvre mère d'Iovo; celle qui gémissait le soir et le matin, c'était la sœur affligée d'Iovo; celle qui gémissait quand il lui venait à l'esprit, c'était la jeune femme d'Iovo.

[Note 1: Cela signifie qu'elles sont sa propriété et ne sont point à son mari.]

[Note 2: Il y a au texte koukavitzé, coucous. Cet oiseau, ainsi que je l'ai dit ailleurs, est l'emblème du deuil et de l'affliction.]