LIX

Sous Bude des brebis étaient à l'ombre, de la ville un pan de mur s'écroula et tua des brebis à la laine soyeuse, ainsi que deux jeunes bergers, Chékièr-Marko et Andrio-Zlato[1]. Marko fut pleuré par son père et par sa mère, mais André n'eut (pour le regretter) ni père, ni mère, rien qu'une fille du village, qui disait en se lamentant: «Hélas! André, mon or pur, si je te chantais dans une chanson, la chanson va de bouche en bouche, et elle passerait dans des bouches profanes; si je brodais ton nom sur des manches, une manche bien vite se déchire, et ton nom périrait; si je l'écrivais sur du papier, le papier va de main en main, et il arriverait dans des mains profanes.»

[Note 1: Chékièr et zlato ne sont pas des noms, mais des épithètes de tendresse, signifiant sucre et or. Le premier surtout ne pouvait se traduire.]

LX

«O fillette, mon âme, quel parfum exhale ton sein? celui du coing ou de l'orange, de l'immortelle ou du basilic?» —«Par Dieu! jeune homme, ce qui parfume mon sein, ce n'est ni le coing, ni l'orange, ni l'immortelle, ni le basilic, mais une âme virginale.»

LXI

—«Fillette, ma violette mignonne, je t'aimerais, mais tu es petite. —Aime-moi, ami, à mon tour je deviendrai grande: menue comme un grain est la perle, pourtant elle se porte à un col royal; petite est la caille, pourtant elle lasse coursiers et chasseurs.»

LXII

Pierre Doïtchin, le ban de Varadin, boit du vin. il en a bu pour trois cents ducats en un jour, et encore avec cela (pour) son cheval noir et sa masse dorée. Le roi Mathias, le seigneur du pays, le querelle: «Dieu t'anéantisse, Pierre Doïtchin, ban de Varadin! voilà que tu as bu pour trois cents ducats en un jour, et avec cela (pour) ton cheval noir et ta masse dorée?» Mais Pierre Doïtchin, le ban de Varadin, lui répond: «Ne me querelle point, roi Mathias, seigneur du pays! si tu avais été à la taverne où je fus, et embrassé comme moi la tavernière qui est là, tu aurais bu Pest la ville de plaine et Bude l'acropole.»

LXIII