Je regarde la cascade qui rejaillit sur une dalle noire et, durant que je contemple ces jeux d’eau, je me sens interrompu, en quelque sorte, par une voix toute proche de moi, tout à côté de mon lit (puisque je suis couché), la voix de l’homme au lorgnon.
Les autres bruits étaient des souvenirs de bruits, ce faible murmure semble d’une qualité différente : il appartient à l’instant présent. J’écoute et me dépêche de retenir la phrase nouvelle, si précieuse…
« Certainement, il va mieux, mais il parle encore beaucoup. On pourra, néanmoins, lui donner quelques libertés, avec prudence. »
Sa voix a baissé ; je n’entends plus rien. N’importe ! J’ai fermé les yeux et, contre mes paupières, j’ai inscrit la phrase sur un mur crépi à la chaux, en grandes lettres majuscules, bien noires. Ainsi je pourrai la relire à ma guise.
Une heure plus tard, je suppose, j’ai entendu des pas feutrés, j’ai vu des ombres qui bougeaient autour de moi, pendant que je m’exposais un problème très compliqué, très grave, et tâchais de lui établir une solution raisonnable… Mais comme ces travaux sont malaisés !
Je sais que je suis malade : mes douleurs de tête me le rappellent. Je sais que je suis en Chine : les quatre paysages que je vois me sont trop connus. Pourquoi donc ne m’a-t-on pas renvoyé en France, là-bas, où j’avais accoutumé de vivre ?… Je ne trouve rien, je m’y perds !
Oh ! que se passe-t-il ? La cascade se déplace ; je ne la vois soudain que de biais, et la masure n’a pas du tout le même aspect. Quoi ! se peut-il qu’elle résiste, si branlante, à un tel déplacement ? Aussitôt après, le bosquet de bambous s’en va et la courbe du fleuve se détord pour s’enfuir à la manière des serpents.
Un magicien a dû passer, un magicien de Chine, car tout a disparu.
Il faut que je réfléchisse, sans me troubler… Comment faire ?