« Je t’ai prié, Michel Duroy, de bien réfléchir, sans te troubler ! »
J’ai si grand peur, que je dois me donner des ordres, pour m’affermir.
« Posez-le contre le mur », dit une autre voix… La mienne ? la voix du magicien ? Non : celle de l’homme au lorgnon.
Du gris, du gris assez lumineux… je n’aperçois rien que cela, aux alentours. Plus de feuillage, ni de jonque, ni d’eau bourbeuse ou vaporisée ; rien, vous dis-je, sauf ce gris lumineux, coupé, dans le bas, par une longue barre de cuivre, surmontée à chaque bout par des boules du même cuivre… Mais… mais ne les avais-je pas déjà entrevues ? Il me semble… sans que je puisse l’affirmer, cependant.
Tout à coup, les souvenirs accourent de nouveau, se bousculent : je retrouve tante Valérie sous ses aspects les plus charmants, escortée de l’abbé Verdier, de ses deux chats et d’Isidore. Ils font de leur mieux pour m’exaspérer, sans rien inventer de nouveau, car ils manquent d’imagination, mais cette répétition me fatigue plus encore que de méchantes fantaisies.
Pourtant, Isidore ne m’a-t-il pas éventé, un soir, de ses grandes ailes ? Oh ! ce souvenir je veux le garder, sans jamais y faire allusion.
Maintenant, on parle de tout autre chose.
« Mon petit ! je crois que Virginie vient de s’oublier, la pauvrette ! sous la bergère brodée. Prends un torchon à l’office et ne manque pas de bien essuyer. Surtout, aucun reproche à la chère bestiole : il faut la traiter avec douceur ! »
« Mon petit Michel ! Isidore réclame son goûter. Ne dérange pas les bonnes. Va vite ! Pourquoi un perroquet comme celui-là serait-il privé de friandises, lorsque nous nous les permettons ? »
J’obéissais toujours, sans grâce, il est vrai, sans me montrer flatté de l’honneur que me faisait ma tante… mais j’obéissais.