Ces gens seront mes amis. Chaque fois que je sentirai ma tête et mes yeux trop pleins de l’image que vous savez, je rendrai visite à mes voisins, vis-à-vis. Ils sont deux, en ce moment : un homme assez gros, assez grand, (je le déduis de la mesure probable des fenêtres,) une femme, plus petite et qui paraît mince.
Je vous suivrai, Monsieur, Madame…
Au fait, avez-vous des enfants ? Peut-être ne sont-ils pas rentrés encore de l’école, quoiqu’il soit bien tard, ou se livrent-ils à quelque fameuse partie, dans le fond de l’appartement.
Décision primordiale :
Monsieur Madame, je vais tout de suite vous baptiser.
Comment parler à des gens anonymes ? Parle-t-on à un mur sans décoration ? Nommés par moi, mes amis, dès demain, vivront davantage.
Chère Madame, je vous appellerai dorénavant Lucie, du nom de la petite paysanne qui fut mon premier modèle, qui me fit passer pour un criminel notoire et, par ailleurs, me rendit service. C’est donc là, déjà, un témoignage d’affection réelle, très respectueuse, que je vous prie d’agréer.
Vous, cher Monsieur, serez baptisé Maxime, d’après le deuxième prénom, à vrai dire, peu usité, de mon meilleur ami, Jérôme Devilliers que j’ai en quelque sorte perdu de vue.
Votre embonpoint, deviné à travers le treillis des stores, a suscité l’image de ce bon compagnon. Il faudra, d’ailleurs, que je parle bientôt de Jérôme, je n’y manquerai pas, mais il me semble, aujourd’hui, que Maxime vous convient admirablement. Serrez la main que je vous tends et, de grâce, ne vous éloignez pas trop des fenêtres.
Lucie… Maxime…