Il me semble que je deviens inutilement méchant, mais ne vous ai-je pas dit que mon ancien maître de dessin tenait de pauvres essais de caricature pour offensants ? Je crains qu’ils ne fussent surtout maladroits.
M. Cernaux, mon patron, est aussi devenu mon tuteur. Je n’ai qu’à m’en louer : il ne me gêne guère et me laisse la bride sur le cou. Je vais souvent dîner chez lui, nos causeries se prolongent…
Parfois, nous ne sommes pas seuls.
VIII
Non content de les avoir baptisés d’office, l’un et l’autre, je viens d’unir en justes noces Maxime et Lucie. Il m’eût été désagréable de fréquenter un couple irrégulier, et quels reproches me seraient venus d’outre-tombe, par un message de tante Valérie !
« Dans notre monde, mon cher neveu, cela ne se fait pas. »
Il m’est donc possible, depuis onze heures un quart, de fréquenter sans honte ces amis de date récente : une pendulette, posée tout au bord de ma vision, près de la tête de mon lit, me permet d’affirmer l’heure exacte du mariage, béni de loin, d’ailleurs, par un portrait du pape, laissé au mur par quelque ancien malade.
Maxime et Lucie reçoivent des visites que je ne connais pas. Des ombres, des profils nuageux, des masses grises entrent, prennent un siège (puisque la silhouette incertaine se raccourcit), puis s’en vont. A la réflexion, cela me semble tout naturel : sans doute, vient-on féliciter les nouveaux époux que, par discrétion, je laisse à leur bonheur.
Parlons plutôt, si vous le voulez bien, des soirées que je passe chez M. Cernaux et sa femme, personne d’un agrément tout différent, un peu popotte à l’avis des mauvaises langues, mais fort agréable et bonne musicienne.
D’abord, je me rendis chez eux à cause de certains convives étrangers, de commerce agréable, et qui bavardaient librement, de façon intéressante. Puis… j’ai rencontré quelqu’un d’autre. Aux instants où je me trouvais en tête à tête avec mon chef, il me montrait souvent les dernières acquisitions qu’il avait faites, en vue d’augmenter sa collection de gravures : une marotte, avouait-il. Elle en valait la peine.