Je crois bien que c’est grâce à lui que je me suis laissé tenter par ce métier de l’eau-forte.
La chambre où je couche est mal éclairée, au lieu que la petite pièce voisine reçoit une très bonne lumière. Mon atelier y est installé. Une table de taille moyenne, quelques livres de références, quelques bouteilles et cuvettes, pour les acides, des plaques de cuivre et de zinc, deux pots où je mets les vernis, une boîte pour les outils de mon métier : pointes, polissoirs, grattoirs, roulettes, burins, etc. et, dans un coin, deux grands cartons pleins de papiers divers (M. Cernaux m’a procuré du vieux japon de qualité).
Rien d’autre.
Le tapissier a installé devant la fenêtre, à l’extérieur, un store mobile qui permet de régler la lumière, de la tamiser, quand le soleil me gêne.
Et le reste de l’appartement de ma tante, qu’est-il devenu ? sa chambre ? son salon ?
Nous en revenons à mon aveu de lâcheté : vous me mettez au pied du mur…
Eh oui ! je n’ai pas osé y toucher. Les meubles sont enveloppés de leurs housses, les tiroirs du bureau sont fermés à clef, les bibelots (si ose les nommer ainsi) gardent leur place ancienne, indiquée par la cuisinière, Angèle : sa mémoire est infaillible ; enfin, un certain nombre d’œuvres d’art de tendance religieuse, devant lesquelles il me prend des envies de pleurer d’ennui, et des fleurs peintes, sans plus de fraîcheur.
Assurément, il m’a fallu trier, examiner tout cela, sous les yeux de M. Cernaux, exécuteur testamentaire, peu de jours après la mort de ma tante, mais je n’ai pas fait appel au marchand de bric à brac. Plus tard, le courage m’a manqué de mettre le nez dans ce fouillis ordonné. Je me suis contenté de fermer les portes et de confier les nombreuses clefs à Angèle.
Il est certaines habitudes d’ordre dont la seule apparence donne froid dans le dos. Celles de ma tante étaient de ce genre. Classement rigoureux et bizarre tout ensemble : on découvrait des objets qu’elle jugeait précieux, je pense, remisés en des endroits étranges, des coins poussiéreux, une cachette saugrenue, bien enveloppés, néanmoins, étiquetés et même numérotés. Les numéros se retrouvaient dans un répertoire, suivis d’indications en abrégé d’un déchiffrement difficile auquel je ne m’attardai pas.