Ces papiers reposent dans le tiroir d’où je les avais tirés, un jour, un jour que j’étais encore vêtu de noir.

Je ne décrirai pas d’autres objets hétéroclites, inattendus, surprenants, bons tout au plus à jeter : tasses ébréchées, morceaux de dentelle inutilisables, tirelires, peignes édentés, débris divers auxquels se rattachait peut-être un souvenir, bien rangés dans un placard. On les y retrouverait. Je ne portai chez moi que le coffret d’amarante où je garde quelques objets qui me sont chers. Les trois enveloppes dorées, l’enveloppe rose et son ancien contenu, furent ficelées avec les papiers personnels (quatre fortes liasses) de ma tante.

Angèle, qui distribuait jadis la progéniture de Paul et de Virginie dans le quartier, a trouvé le moyen de caser aussi les parents, bien que j’eusse d’abord le projet de les lui laisser… L’un d’eux avait fait ses ordures sur une eau-forte, une épreuve d’essai. Angèle se consolera, je l’espère, en soignant Isidore que j’entends rarement. De plus, ma cuisinière surveille l’appartement, s’efforce à ce que rien n’y soit déplacé, charge sa nièce de l’aider un peu, et prend une fille de ménage pour nettoyer, de temps à autre, selon ses idées, les pièces qui furent condamnées par moi, le maître. Surtout, elle suit pas à pas, et de quel regard de gendarme ! le plombier qui vient aveugler une fuite d’eau ou le serrurier qui raccommode une serrure faussée par mes soins.


Lorsqu’il lui arrive de nommer ma tante ou qu’il rappelle ses manies, M. Cernaux se permet parfois de sourire non sans malice.

Un soir, quelqu’un (vous savez qui) l’a interrompu d’un air presque mécontent pour dire :

« Tu racontes cela très drôlement, Ned, (c’est le petit nom qu’elle donne à son frère), mais je n’arrive pas à rire : je songe à la triste vie que menait M. Duroy… »

Je ne sais plus ce que mon chef a répondu.

Ah ! vous avez entendu ! Je viens de parler d’elle ! Il est vrai que je ne l’ai pas encore nommée, cependant je me rapproche de son prénom ; je ne cherche plus tant de subterfuges. Comprenez-vous l’importance de l’événement ? Sa sœur m’a défendu, comme si j’étais un ami, presque un intime.

Je sais bien que M. Cernaux, surchargé récemment de besogne, m’a pris comme secrétaire suppléant, mais on ne traite pas un employé de banque de cette façon ! Je n’avais déjà d’yeux que pour elle. S’en est-elle aperçu, la veille du jour où j’allais quitter Paris, en vue de mon service militaire, ce même soir, ce soir fameux où je lui présentai mes hommages de départ ?