Moi, je rêvais d’elle tous les jours et même tout le long de ces jours : la guerre ne m’empêche pas de songer à ses chères lettres qui m’apportent leur singulier enchantement. Elle m’écrit souvent, très souvent. Je sais par elle que M. Cernaux va partir pour Salonique et sa sœur s’en montre très inquiète.

Si le major Devilliers l’ignore, ne devrais-je pas le lui dire ?

Souffrant de nouveau, je ne sais au juste de quoi, je ne pose plus pour le jeune athlète et le bon soldat. Je viens d’être requis par le major, afin de l’aider dans son travail, très modestement : je lave la table d’opération, je nettoie les cuvettes… Joli métier !

Oui, certainement, je vais lui parler.

« Votre ami, M. Cernaux, va être envoyé à Salonique.

— Tiens ! il vous l’a donc écrit ? Merci, Duroy, mais je le savais d’hier. Il regrettera son ancien poste. Dans ma lettre d’il y a trois jours, je lui parlais de vous et de notre rencontre inattendue… Mon cher Duroy, ne manquez pas de veiller à ce que ma provision d’ouate hydrophile soit renouvelée…

— Pensez-vous que je pourrai bientôt ?…

— C’est promis, vous dis-je. Dès le début de la semaine prochaine, vous recommencerez à tirer le canon avec vos camarades, puisque ce divertissement a pour vous tant de charmes ! »

Faire autre chose ! L’ennui, un lourd ennui m’accable, dès que je me trouve condamné à l’inaction ou bien à des besognes que n’importe qui ferait tout aussi proprement que moi.

Le major tâche de me consoler, mais il n’y arrive pas, il n’aurait pu y arriver, ignorant ce qu’alors j’ignorais moi aussi et que je sais bien, aujourd’hui.