Elle demeure depuis fort longtemps chez sa mère, Mme Cernaux, une vieille dame à beaux cheveux blancs, aimable et spirituelle que je n’ai fait qu’entrevoir à Paris et qui s’est retirée, durant la tourmente, dans sa propriété, aux environs d’Hyères. J’ai reçu de là-bas quelques cartes postales, de nombreuses lettres et des paquets au savoureux contenu.
De même que mes camarades (si j’ose les nommer ainsi !) j’ai eu des permissions… mais comment les utiliser ? Je rentrais à Paris, j’entendais de loin la mélodieuse voix d’Isidore, je mangeais les omelettes d’Angèle, je m’ennuyais…
Hyères est un chef-lieu de canton situé dans le département du Var, à 949 kilomètres, par chemin de fer, de Paris.
X
La guerre se termine par une victoire, une victoire que mes camarades seuls ont gagnée. Sans effort, je prends ma part de leur joie, je me l’assimile de grand cœur, en tâchant néanmoins d’être modeste… Me voyez-vous plastronnant d’un air avantageux et croyant avoir servi la patrie par de glorieuses coliques hépatiques ?… Je le répète, si vous le voulez bien, n’insistons pas.
Je suis rentré à Paris et, bien que le voyage eût lieu de nuit, je voyais déjà le soleil, ce soleil qui se voilait toujours de brume épaisse ou sur lequel l’ennui posait un éteignoir. Il m’aveugle aujourd’hui.
Le lendemain même de mon arrivée, je vais chez M. Cernaux, rentré lui aussi, blessé au bras à Salonique, déjà mieux portant, près d’être guéri, me dit-il. Puis il ajoute avec une simplicité qui m’effare :
« Écoutez, Duroy : j’ai comme une idée que vous verriez sans déplaisir ma sœur Madeleine… Vous la trouverez dans la pièce voisine. Elle vous attend. »
Madeleine !… Je pousse la porte…